dimanche 21 octobre 2018

Prépa bac : Evaluation Premières et Terminales S / L (Correction)


Evaluation Premières et Terminales S / L (CORRECTION)

Chant d'automne (I)

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.


Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur
, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon cœur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.


J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.


Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? - C'était hier l'été ; voici l'automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.


            Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1857.

Questions

1. a) Dites quel procédé métrique a permis d’obtenir des alexandrins aux vers 15 et 16. (1 pt)
Il faut prononcer en diérèse (en deux syllabes hi/ier (2syllabes) et mys/té/ri/eux (4syllabes))
    b) Puis étudiez le rythme de ces deux derniers vers. (2 pts)
Pour/ qui ? /- C'é/tait/ hi/er/ l'é// ; voi/ci/ l'au/tomn(e) !
Les mots soulignés portent l’accent, car c’est après eux qu’on peut faire une pause – grammaticale aussi.
Par conséquent, le rythme est 2/6/4 donc ternaire. Cela traduit l’hésitation ou l’incertitude que renforcent les points d’interrogation et d’exlamation.
Ce/ bruit/ mys/té/ri/eux // son/ne/ com/m(e) un/ dé/part.
Etant donné qu’une pause est observée au milieu du vers, ce qui équivaut à une césure, alors le rythme est binaire avec 6//6 ou si on veut 2/4//1/5 donc irrégulier.

2. Etudiez les rimes de la deuxième strophe (disposition - qualité - genre). (0,5+1+0,5 pts)
- colère (A) / forcé (B) / polaire (A) / glacé (B) pour la disposition ; la rime est croisée.
- La qualité : pour colère / polaire  la rime est riche. Alors que pour forcé (B) / glacé (B) la rime est suffisante.
- Le genre : pour colère / polaire  la rime est féminine, tandis que pour forcé (B) / glacé (B) la rime est masculine.

3. Quelle sonorité fait entendre les échos du choc aux vers 13 et 14 ? (1pts)
Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Les échos du choc sont traduits par l’allitération en [k]. Elle évoque le bruit des marteaux sur les clous du cercueil.

4. Comment s’appellent les figures de style présentes aux vers 5/6, 7, 11 et 12 ? (1+1+1+1 pts)
Vers 5/6 : on a une gradation
Vers 7 : on a une comparaison
Vers 11 : on a une comparaison
Vers 12 : on a une métaphore (on peut trouver une hyperbole, car bélier infatigable est une exagération)

5. Le sentiment exprimé dans le poème est-ce la quiétude, l’angoisse ou l’admiration ? Justifiez votre réponse en relevant le champ lexical. (2+1 pts)
Baudelaire avait pour programme d’exprimer le spleen et l’idéal. Ici, il s’agit du spleen, donc l’angoisse est exprimée, vu le champ lexical de la peur : « ténèbres », « horreur », « rouge », « frémissant », « échafaudé », « succombe ».

6. Quel organe de sens est souvent sollicité dans ce poème ? Relevez le champ lexical qui le confirme. (2 pts)
Deux possibilités : les oreilles ou les yeux. Mais en priorité les oreilles (champ lexical surligné en jaune dans le texte)

7. Quelle est la valeur d’emploi du futur dans le premier vers ? (2 pts)
Ce futur renvoie au futur proche, pour signifier l’imminence de sa mort.

8. Que symbolise l’automne dans ce poème ? (1pts)
L’automne symbolise la vieillesse.

9. Quelle leçon le lecteur doit-il retenir de ce poème ? (2 pts)
Question très ouverte, mais la réponse doit être cohérente par rapport aux réponses fournies tout au long du devoir. On peut relever des leçons sur le rapport de l’homme à la mort. Une prise de conscience du « memento mori » (qui signifie souviens-toi que tu vas mourir), il faut penser à la mort qui frappera un jour, idée de se préparer pour ce jour fatidique. Une bonne raison pour ne pas être vaniteux.



La versification (4)



5. Le rythme et les procédés rythmiques

Le rythme repose la fixité du nombre de syllabes, sur la distribution des accents et des coupes et sur les rimes. La succession des accents crée un rythme régulier ou irrégulier. Rejet, contre-rejet et enjambement modifient le rythme, lui donnent une certaine ampleur, croissante ou décroissante ; un caractère lent ou rapide, calme ou saccadé, heurté.
Le rythme peut caractériser ce à quoi le texte fait référence dans la réalité.

Exemple : « Quand tu vas balayant l’air de ta jupe large
        Tu fais l’effet d’un vaisseau qui prend le large. »

Remarque : Souvent les syllabes accentuées sont aussi celles dont les sonorités sont répétées.

« Je meurs et la France demeure. »               « J’ai vu de clairs éclairs. »

Rejet, contre-rejet et enjambement

On parle d’enjambement quand le sens de la phrase commencé dans un vers déborde sur le vers suivant au-delà de l’hémistiche, et parfois dans plusieurs vers.
Un homme est mort qui n’avait pour défense
Que ses bras ouverts à la vie. (Paul Eluard)

Le contre-rejet est un élément bref placé à la fin d’un vers et qui commence le sens du vers suivant.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme. (Rimbaud)

Le rejet est un élément bref qui se trouve au début d’un vers mais son sens appartient au vers précédent.
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne
Je partirai. Vois-tu je sais que tu m’attends. (Hugo)

Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir : Le matin est neuf, neuf est le soir. (Robert Desnos)

Astuce : le contre-rejet est isolé par une ponctuation à la fin du vers, et le rejet est isolé en début de vers par une ponctuation.


La versification (3)



4. Les sonorités
a) Allitération et assonance
Certains sons sont la reproduction des bruits désignés dans le texte. Les sons peuvent ainsi imiter :
- le silence : par le jeu des « e » muets ;
- les sensations : par des sonorités rudes ou douces, agréables ou désagréables. Elles reproduisent de façon analogique les sensations évoquées : l’impression que les mots produisent sur l’oreille est analogue à celle qu’ils produisent dans la réalité, ce dont on parle. Analogie entre l’impression auditive ressentie et la sensation ou le sentiment désigné.
Les mots associés par le sens le sont aussi pour l’oreille.

Les effets produits
Imitation d’un bruit ou d’un mouvement
Imitation d’un silence, d’un mouvement silencieux
La nature du mouvement : lent/rapide, violent, doux, etc.
Exemple : "les aveugles de Baudelaire"

« Ils s’unissent ; on peut entendre
Un bruit volant vibrant ronfleur. »

« Languissant(e) elle meurt feuill(e) à feuill(e) déclos(e)… » (Ronsard)

« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle. » (Baudelaire)
Commentaire : k – p – b sont prononcés difficilement. Ils accentuent l’impression de malaise et d’étouffement qui s’emparent du poète.

Ainsi une allitération : c’est la répétition d’un son-consonne, qui peut créer un effet particulier.

De même une assonance, la répétition d’un son-voyelle.
Exemple : La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur
      Un rond de danse et de douceur (Eluard)
                                    assonance en [u] et en [œ] et les voyelles nasales [ô] et [a].

Harmonie imitative : il s’agit de répétition de sons qui imitent les bruits évoqués par le texte.
Ex. Pour qui sont ces serpents qui sifflent au-dessus de vos têtes.

Exo :
- Les mouches bourdonnant sur ce ventre putride.
- Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèles.
- Mais dans les joncs déjà j’entends les jars crier.


b) La rime
La rime est un "écho" que se font 2 fins de vers. On décompose la rime en "phonèmes" = en "sons" entendus. La rime peut être :
- Pauvre : il n’y a qu’1 son commun : fini/joli (I)
- Suffisante : il y a 2 sons en commun en fin de vers : couchés/ penchés (CH+E)
- Riche : il y a 3 sons ou plus en commun : terre/solitaire. (T+E+R)
- Léonine : et des voyelles qui précèdent cette consonne. Sillage/pillage 

« Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songes
Planant sous les rideaux inconnus du remords,
Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges,
Toi qui sur le néant en sais plus que les morts. »
(Stéphane Mallarmé, « Angoisse », Poésies, 1887 et 1899.)

La disposition des rimes : selon la façon dont elles sont disposées les unes par rapport aux autres, les rimes peuvent être :
Plates (ou suivie)AABB  /  Croisées ou alternées : ABAB   /   Embrassées : ABBA

Enfin, on parle de rimes féminines, celles qui sont terminées par un "E" muet (effet de douceur) ; et de rimes masculines pour les autres terminaisons (fin plus brutale).

Quelque sujet qu'on traite, ou plaisant ou sublime,
Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime:
L ' u n l'autre vainement ils semblent se haïr;
La rime est une esclave et ne doit qu'obéir. (Boileau Ch. I, v. 2 7 )

Remarque : La rime rend vivant le vers et le limite. Elle rapproche tel ou tel mot en créant ou une ressemblance (chaîne/peine ; sombre/ombre) ou un contraste (fleur/horreur).

Exemple : sur les rimes sémantiques ou anti-sémantiques.

A te voir marcher en cadence                       
                Belle d’abandon                                
On dirait un serpent qui danse
                Au bout d’un bâton.  
                        
NB. Il était interdit de rimer des mots trop proches par leur sens ou leur formation. Vérité/bonté ; égalité/liberté.

Le poème devait alterner rimes masculines et rimes féminines. Mais Verlaine ne le respecte pas :
« Dans l’interminable
Ennui de la plaine
La neige incertaine
Luit comme du sable. » « Romance sans paroles », 1874.

Ex : rêve/réveil ; je te hais autant que je t’aime ; avenir et souvenir ; clair/cristal ; ténébreux/radieux ; aiguille/épée ; songe/mensonge.

Exercice de révision

  Le paresseux   Accablé de paresse et de mélancolie, Je rêve dans un lit où je suis fagoté, Comme un lièvre sans os qui dort dans un...