vendredi 23 mai 2014

Etude de PHÈDRE de Jean Racine

PHÈDRE de Jean Racine

INTRODUCTION

Le classicisme est un mouvement littéraire qui se développa en France, et plus largement en Europe, dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. Il désigne un ensemble de valeurs et de critères qui définissent un idéal s'incarnant dans l’« honnête homme » et qui développent une esthétique fondée sur l'idéal de perfection. C’est cet idéal de perfection qu’on retrouve dans toutes les œuvres classiques et particulièrement dans PHEDRE. En effet dans cette pièce de théâtre Jean Racine écrit dans la préface que : « Les moindres fautes y sont sévèrement punies. La seule pensée du crime y est regardée avec autant d’horreur que le crime lui même. Les faiblesses de l’amour y passent pour de vraies faiblesses. Les passions n’y sont présentées aux yeux que pour montrer tout le désordre dont elles sont cause ; et le vice y est peint partout avec des couleurs qui en font connaître et haïr la difformité. »

I.                   Biographie et bibliographie de Jean Racine

 1-   Biographie

Jean Racine naquit en 1639 à La Ferté-Milon, au sein d'une famille de notables locaux sans éclat, fonctionnaires modestes ou gens de loi. Très tôt orphelin, il est recueilli par sa grand-mère maternelle, qui, devenue veuve, l'emmène avec elle à l'abbaye de Port-Royal des Champs. Le petit Racine est autorisé à suivre gratuitement l'enseignement que dispensent les maîtres des " Petites Ecoles " rattachées au monastère.
Il y fait de solides humanités, qui façonnent en lui un goût et une sensibilité littéraires précoces. Ses études terminées, après un an de philosophie au collège d'Harcourt à Paris, le jeune homme s'installe en 1659  dans la capitale,
Jean Racine  écrit des poèmes à la gloire du roi. Il est présenté à la Cour, et s’inscrit dès 1664 sur la liste des gratifications royales. Il élargit le cercle de ses relations, rencontre Boileau et surtout Molière, dont la troupe accepte de jouer La Thébaïde, qui n'a pas grand succès. En revanche, en 1665, Alexandre est une réussite, mais aussi l'occasion d'une brouille retentissante avec Port-Royal, hostile au théâtre, et d'une rupture avec Molière, à qui le jeune auteur retire sans préavis sa pièce pour la porter à la compagnie rivale de l'Hôtel de Bourgogne, dont les acteurs ont la réputation d'être les meilleurs tragédiens du temps.
Dès lors, pendant une dizaine d'années, la vie de l'homme va se confondre avec la carrière prestigieuse et fructueuse d'un écrivain dramatique qui ne cessera plus de voler de succès en succès.
Et puis Racine cesse brusquement d'écrire pour la scène, et il entame une seconde carrière pour ainsi dire, officielle et toute remplie d'honneurs, qui va faire de lui l'un des familiers de Louis XIV. L'écrivain avait été élu à l'Académie française dès 1673. Deux nominations à des postes considérables et enviés, celui d'historiographe du roi et celui de " gentilhomme ordinaire de la Chambre ", ponctuent et parachèvent, en 1677 puis en 1690, la brillante ascension sociale du courtisan. Marié en 1677, père de famille, homme riche, célèbre et estimé du prince, Racine n'a plus rien à désirer des biens de ce monde. Sa plume lui sert désormais à relater les hauts faits du monarque et à entonner sa louange.Il revient tardivement au théâtre, en donnant, à la demande de Mme de Maintenon, que Louis XIV a épousée en secret après la mort de sa première femme, deux pièces bibliques, Esther en 1689, Athalie en 1691, qui marquent un renouvellement de son art et connaissent la même faveur que les tragédies du passé. Les dernières années sont celles d'un chrétien du temps : les valeurs religieuses finissent par l'emporter sur les grandeurs terrestres. Racine, qui s'était réconcilié avec Port-Royal dès 1679, et qui pratiquait assidûment la Bible, meurt en 1699 " avec des sentiments de piété très vifs et très édifiants ". Le défunt est inhumé, selon ses désirs et avec l'autorisation du roi, à Port-Royal, auprès de la tombe de l'un de ses anciens maîtres.

2- Bibliographie :

Jean Racine a surtout écrit des pièces de théâtres parmi lesquelles nous pouvons citer :
La Thébaïde (juin 1664), Alexandre le Grand  (décembre 1665), Andromaque (novembre 1667), Les Plaideurs      (novembre 1668), Britannicus (décembre 1669), Bérénice (novembre 1670), Bajazet (janvier 1672), Mithridate (janvier 1673), Iphigénie (août 1674), Phèdre (janvier 1677), Esther (janvier 1689), Athalie (janvier 1691)

II.                Structure et résumé de la pièce

1-                  Structure

La pièce Phèdre reprend la structure dramatique  du théâtre classique, c’est-à-dire qu’elle respecte les cinq actes, dont une exposition, un nœud et un dénouement tragique, autrement dit la fin par un bain de sang ou la mort. La structure se présente de la manière suivante :
L’acte I  compte 5scènes ; L’acte II compte 6 scènes ; L’acte III compte 6 scènes ; L’acte IV compte 6 scènes ; L’acte V compte 7 scènes

2-                  Résumé:

A Trézène, en Grèce, à une époque fort lointaine, Phèdre, seconde épouse du roi Thésée, est tombée amou­reuse de son beau-fils Hippolyte. Cette passion lui semble si monstrueuse qu'elle se résout à mourir plutôt que d'avouer son amour. Ne pouvant toutefois supporter le cha­grin de sa nourrice Œnone, qui la voit dépérir, elle lui confie l'origine du mal qui la consume. Bientôt circule la rumeur de la mort de Thésée, absent depuis de longs mois. Sa succession au trône ouvre une crise politique. Phèdre consulte Hippolyte; mais, troublée par la présence du jeune homme, elle finit par lui avouer qu'elle l'aime. Hip­polyte s'enfuit, horrifié. Thésée serait vivant, apprend-on aussitôt après. Phèdre mesure I'horreur de sa situation. Et si Hippolyte venait à parler? Œnone lui suggère de prendre les devants et d'accuser Hippolyte de tentative de viol. Phèdre s'in­digne, puis, accablée, laisse Œnone agir à sa guise. Celle-ci le dénonce à Thésée dès son retour. Désespoir et fureur de Thésée. Pour preuve de son inno­cence, Hippolyte lui révèle qu'il aime Aricie. Thésée ne le croit pas. Honteuse et repentante, Phèdre accourt pour lui révéler la vérité. Mais elle apprend par la bouche d'Œnone qu'Hippolyte aime Aricie. Jalouse, elle décide de ne rien dire. Malgré I'intervention d'Aricie, Thésée demande à Nep­tune de punir son fils. 'Œnone se suicide, désespérée de se voir condamnée par Phèdre. Un dragon, surgi de la mer sur ordre de Neptune, tue Hippolyte. Phèdre confesse son crime à Thésée et s'empoisonne.

3.      Résumé de la pièce par actes

Acte I - Hippolyte, fils de Thésée et d’une Amazone (nommée Antiope), annonce à son confident, (nommé Théramène) son intention de quitter la ville de Trézène pour fuir son amour pour Aricie, sœur des Pallantides, un clan ennemi de Thésée. Phèdre, épouse de Thésée, avoue à none, sa nourrice et confidente, la passion qu’elle ressent pour son beau-fils Hippolyte. On annonce la mort de Thésée.

Acte II - Aricie confie à sa servante (nommée Ismène) qu’elle est amoureuse d’Hippolyte ; celui-ci arrive et dévoile ses sentiments. Phèdre vient voir Hippolyte afin de défendre les droits de son jeune fils à la succession de Thésée ; et déclare son amour à Hippolyte qui la rejette.

Acte III - Thésée, qui n’est pas mort, arrive à Trézène et s’étonne de recevoir un accueil si froid : Hippolyte veut fuir sa belle-mère et il envisage d’avouer à Thésée son amour pour Aricie, Phèdre est submergée par sa culpabilité. Elle vole même l’épée d’Hippolyte, ce qui empêchera ce dernier de se défendre moralement durant le dernier acte.

Acte IV - none, qui craint que sa maîtresse ne se donne la mort, déclare à Thésée qu’Hippolyte a tenté de séduire Phèdre. Thésée bannit Hippolyte et prie le dieu Neptune de le tuer. Phèdre veut le faire changer d’avis mais elle apprend qu’Hippolyte aime Aricie. Furieuse d’avoir une rivale, elle renonce à le défendre.

Acte V- Hippolyte part après avoir promis à Aricie de l’épouser hors de la ville. Thésée commence à avoir des doutes sur la culpabilité de son fils, mais la nouvelle de sa mort survient. Phèdre avoue tout à Thésée, après avoir banni none qui s’est ensuite jetée dans les flots; elle a pris auparavant du poison et s’effondre sur scène. Thésée, pour venger son fils et respecter la dernière volonté d’Hippolyte, décide d’adopter Aricie.


III.             Les personnages

1 - Thésée : Thésée est un homme d’âge mûr, déjà écrasé par sa légende, il est le fils d’Égée roi d’Athènes  il succède ce dernier au trône après avoir délivré athénée du Minotaure, il enlève et épouse Anthiope (mère d’Hippolyte). A la mort d’Anthiope il épouse Phèdre. Son fils éprouve, face à lui, un complexe d’infériorité et ne cesse de rêver d’aventures pour se faire un nom comparable. Quand il est absent (début de la pièce), Thésée est sans cesse évoqué : on le cherche(Hippolyte), on évoque ses exploits et son allure(Phèdre), on le craint (Aricie)
2-  Hippolyte : fils de Thésée et d’Anthiope, reine des amazones Il incarne la pureté, la sérénité et la tendresse dans les sentiments Il n’a ni la complexité ni la puissance brisée de son père Dans le mythe grec, Hippolyte est un Athènes sauvage qui  à fait vœu de chasteté Il résiste à l’amour pour Aricie uniquement par crainte de désobéir à son père.
3-  Phèdre : présente dans 12 scènes sur 30, Phèdre est pourtant omniprésent tout au long de l’action C’est une femme jeune, guère plus âgée qu’Hippolyte. Son amour pour son beau-fils est un Inceste au regard des convenances sociales et non d’un point de vue génétique Aussi bien cet amour est –il d’abord désir, attirance physique, comme si Phèdre revivait ce qu’elle avait ressenti, toute jeune femme, en voyant Thésée Phèdre, subissant la fatalité vengeresse des dieux, lutte à armes inégales: elle a beau s’éloigner d’Hippolyte, les circonstances l’obligent à le revoir Dés lors, elle plonge et fait a Hippolyte une déclaration incontrôlée, car elle subit les ravages d’une passion obsessionnelle Elle est la fille de Minos et de Pasiphaé. Elle est habité par des puissances magiques qui la dépassent (fatalité, « vénus toute entière à sa proie attachée »).
4-  Oenone : nourrice et confidente de Phèdre, dévouée corps et âme de Phèdre
5-  Aricie : princesse du sang royal descendante des Pallantides, famille princière qui disputa le trône d’Athènes à leur oncle Égée père de Thésée. Elle est l’amour d’Hippolyte et ses parents furent les ennemis de Thésée Elle a quelques fiertés et elle est la rivale de Phèdre
6-  Théramène : gouverneur d'Hippolyte
7-  Ismène : confidente d'Aricie
8-  Panope : femme de la suite de Phèdre
9-  Gardes : Les gardes s’occupent de la sécurité dans le palais.

IV.             Quelques thèmes développés

1.      L’amour et la passion
Chez Racine, les deux notions occupent une place centrale surtout dans Phèdre. Elles sont associées sous le terme amour-passion. Dans la pièce, Jean Racine fait la part des choses entre l’Amour (sentiment naturel et noble ) et la passion. Quand l’amour est présenté comme une fatalité, comme une crise, il se transforme parfois en passion, en haine qui conduit irrémédiablement au malheur, à la mort car il devient un sentiment incontrôlable.
Dans la pièce, la passion de Phèdre provoquera sa mort et celle de plusieurs personnages.

  1. Le destin
C’est le destin qui provoque la fatalité. Il se manifeste sous le signe de la prédestination. La notion de destin réunit deux thèmes : la puissance divine qui détermine le cours des événements et ensuite l’enchainement des événements eux-mêmes qui s’accélèrent. Le destin se joue sur deux plans : la volonté des dieux et les relations complexes des comportements humains.

  1. Les dieux
L’univers des dieux est intimement lié à celui des humains : les Dieux agissent directement sur la vie des hommes ; ils protègent les humains mais parfois les punissent. Cependant, l’image des dieux est assez négative. Ils sont omniprésents et interviennent dans les conflits opposant les hommes.

  1. La jalousie
C’est la jalousie qui unit les deux faces de la passion : l’amour et la haine. C’est ce qui explique qu’on passe de l’un à l’autre. La jalousie participe à une définition de l’amour ; Jean Racine y voit un instinct de possession propre à la nature humaine. Dans la jalousie c’est l’orgueil qui est blessé et qui demande réparation quitte à tomber dans le crime ou l’immoralité.

V.                Le style

La tragédie était, au XVIIe siècle en France, le genre noble par excellence. C'est un genre codé, qui connut une période de maturité, d'équilibre et d'intégration des règles avec l'œuvre de Racine.
Les règles de la tragédie classique tendent à réaliser la perfection de la création: cette perfection est fondée d'une part sur le principe de la mimésis (imitation de la nature), qui a pour finalité la peinture la plus fidèle du cœur humain. Ainsi pour être plus proche de la réalité Racine respecte la règle des trois unités dans sa pièce :
 - La règle de l'unité de temps exige que le temps de la représentation soit le plus proche possible du temps réel de l'action représentée; elle exige, en tout cas, que la durée réelle de l'action représentée n'excède jamais vingt-quatre heures.
-  La règle de l'unité de lieu découle de la précédente, par souci de vraisemblance, car dans un laps de temps très court, il n'est guère possible de multiplier avec réalisme les lieux de l'action. Dans Phèdre on n’a qu’un seul lieu : le palais.
 -  La règle de l'unité d'action exige que toutes les scènes, tous les gestes et tous les propos échangés par les personnages servent à expliquer, à motiver ou à faire avancer une même et unique action. Chaque détail se trouve alors subordonné à l'ensemble, aucun élément ne doit être gratuit ni dépourvu de conséquence directe sur l'action. Dans la pièce L’action principale reste la passion que Phèdre éprouve pour Hippolyte.

Conclusion


Phèdre vient d’expirer. Avec elle s’est éteinte la «  flamme funeste »  de la passion malheureuse et meurtrière. Le jour retrouve toute sa pureté. Ce retour à la lumière symbolise peut-être la victoire du Bien sur le Mal et en tous les cas celle du normal sur le monstrueux. Tout peut désormais rentrer dans l’ordre de la morale. Bien que l’action s’achève par trois morts, la fin de l’œuvre ne se ferme pas sur le malheur. Les dernières paroles de Thésée sont porteuses d’espoir : sa réconciliation avec Aricie est une promesse de justice dans un apaisement retrouvé. Quant à nous, nous quittons des personnages qui, jusqu’à la fin, nous auront donné à réfléchir sur la condition humaine. Ils nous ont fascinés par leurs dimensions fabuleuses et touchés par leur humanité.

sources pour la bibliographie
www.pensees-ecrites.net/auteurs-et-biographies/jean-racine

Etude de La tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire

La tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire

Introduction

L’une des pièces de théâtre historique les plus lus et plus joués, La tragédie du roi Christophe est l’œuvre qui a surtout été compris par le peuple noir. Cette pièce mise en scène par Serreau a été jouée lors du festival des arts nègres à Dakar en 1966. Publiée en 1963, cette pièce de théâtre n'en finit pas de faire sensation. C’est que son action retrace la lutte des noirs pour leur liberté et leur indépendance, mais aussi le destin des pays noirs transparaît à travers le devenir de l’action du roi Christophe qui résume les nouveaux dirigeants de ces nouveaux pays. Cette étude que nous proposons s’articulera autour des axes suivants : La vie et l’œuvre du dramaturge, le résumé de la pièce, la structure, les personnages, les thèmes et la dramaturgie de Césaire.

I.                   Biographie et bibliographie

1. La biographie

Issu d’une famille modeste de Fort-de-France, écrivain et homme d’action, Aimé Césaire est né le 26 juin 1913, à Basse-Pointe au nord de la Martinique et fait partie d’une famille de sept enfants. Son père est enseignant et sa mère une couturière A l’âge de six ans, il entre à l’école primaire. Après une bonne scolarité au lycée de sa ville natale, Aimé Césaire obtient une bourse afin de poursuivre ses études à Paris au lycée Louis-le-Grand.
1932-1933, Césaire entre à hypokhâgne à Louis-le-Grand, où il fait la connaissance de Ousmane Socé, puis de Léopold Sédar Senghor.
Césaire réussit au concours d’entrée à l’ENS en 1935. Il voyage en Martinique et commence à écrire le Cahier. En 1937 Césaire épouse Mlle Roussy. 1937 voit la naissance de son premier enfant et il vient de terminer le Cahier qu’il publiera en 1939 dans la revue Volontés.
Césaire et sa femme Suzanne Césaire sont affectés comme professeurs au lycée Victor –Schoelcher de Fort-de-France. Césaire est élu député-maire de la ville sous les couleurs du Parti Communiste Français (PCF) qu’il quittera en 1956 et adresse à l’occasion une lettre à Maurice Thorez. Il renonce à la députation en 1993. Il quitte la politique sans la quittant carrément, il soutient la candidature de Ségolène Royal à l’élection présidentielle de 2007. Le 9 avril il est hospitalisé et il décède le 17 avril 2008 à Fort-de-France

2. La bibliographie

Ecrivain prolixe, Césaire publie plusieurs ouvrages :
Les armes miraculeuses, (poésie), 1946 ; Soleil cou coupé, (poésie), 1948 ; Corps perdu, (poésie), 1949 ; Discours sur le colonialisme, (essai), 1955 ; Lettres à Maurice Thorez, 1956 ; Et les chiens se taisaient, (poésie puis théâtre), 1956 ; Ferrements, (poésie), 1960 ; Cadastre, (poésie), 1961 ; Toussaint Louverture, (historique), 1962 ; La tragédie du roi Christophe, (théâtre), 1963 ; Une saison au Congo, (1967) ; Une tempête, (théâtre), 1969 ; Œuvres complètes, 1976 ; Moi, laminaire…, 1982.

II. Le résumé de la pièce

La pièce est précédée d’un prologue mettant en scène un combat de coqs, l’un surnommé Christophe, l’autre Pétion. Sinon l’action débute avec la visite de Pétion envoyé par le Sénat proposer à Christophe la présidence. Celui-ci refuse flairant le complot pour l’écarter du pouvoir en lui offrant un pouvoir vide. Ainsi se révolte-t-il contre les mulâtres et se proclame roi d’Haïti. Dès lors le pays est divisé entre les partisans de Christophe dont son secrétaire Vastey et ceux qui s’allient avec la puissance coloniale. Il s’en suivit la cérémonie de couronnement célébrée par l’archevêque Corneille Brelle, puis la prestation de serment du roi. Il maîtrise la rébellion dirigée par Metellus. Contre Pétion, il propose la réunification de l’Etat, mais le Sénat complote derrière son dos. Christophe décide de la construction d’une Citadelle, symbole de la puissance d’Haïti et force le peuple au travail. Il fait exécuter un paysan qui ne travaille pas et emploie les filles au travail de construction. Ne supportant pas ces excès, Corneille Brelle demande le repos pendant que Hugonin organise un mariage collectif pour éviter la débauche. Christophe donne l’ordre de supprimer l’archevêque. Mais au cours de la messe de l’Assomption, Christophe est paralysé par le spectre de Corneille Brelle. Il commence à prendre conscience et rêve d’une dernière victoire et se prépare à se suicider. Après sa mort, sa femme, un page africain et Vastey disent sa grande destinée.

III. La structure de la pièce

La structure de la pièce en trois actes facilite la compréhension de la progression de l’action. En gros chaque acte est centré sur le héros Christophe. Ainsi on a la structure suivante.

Acte I : La conquête du pouvoir et le couronnement de Christophe. Dans cette partie, Christophe s’oppose à Pétion qui est mandaté par le Sénat pour écarter Christophe du pouvoir. Ce dernier non seulement refuse mais fait une sécession et se proclame le roi d’Haïti. Il organise son couronnement, par une fête.

Acte II : Après son couronnent, ce fut la guerre civile. Une bonne partie du peuple est contre le roi Christophe, notamment les bourgeois, certains paysans, ses propres généraux le trahissent sans compter la puissance extérieure.

Acte III : Malgré les avertissements surtout de sa femme, Christophe s’entête à mener le pays avec une main de fer, et sa tyrannie, ses travaux forcés et sa démesure achève son règne, au moment où pourtant il commençait à faire sa prise de conscience.

IV. Les personnages

1. Le héros : Henri Christophe

Christophe est un ancien cuisinier, puis général devenu le roi d’Haïti. Cette ascension montre déjà son destin exceptionnel, mais aussi tragique, puisqu’il lutte pour la liberté et l’indépendance de son peuple. Il est un roi excessif et autoritaire, qu’il explique par le travail pour arriver au niveau des autres, « je demande trop aux hommes mais pas assez aux nègres », dira-t-il. Dans son projet de faire oublier le passé d’esclavage et de créer un avenir meilleur, il oblige, comme un tyran, le peuple à travailler dure, jusqu’à même tuer les fainéants. Ses excès sont jugés cruels par le peuple qu’il veut libérer par le travail, car pour lui il n’y a point de fatigue donc pas de repos ni de congé. Pour unifier l’Etat, il s’attaque au siège de Pétion à Port-au-Prince. Toutefois il va prendre conscience de son action un peu trop tard, et son échec sera synonyme de sa mort. Aussi dit-il à la fin, « j’ai voulu forcer l’énigme de ce peuple à la traîne » (p. 140)

2. Les adjuvants du roi Christophe

Vastey : Il est le secrétaire du roi, et plus acquis à sa cause, à son idéal. Il comprend bien son roi et ses projets, et par conséquent les défend devant ses rivaux. Il dirige en fait la politique de Christophe, car c’est lui essaie de convaincre le peuple de la façon à agir pour régler les problème du pays. Cependant malgré son intelligence à prévoir les problèmes, il ne s’est pas opposé à Christophe pour infléchir ses décisions par de sages conseils.

Hugonin : Dans la pièce de théâtre, il est caractérisé comme « un mélange de parasite, de bouffon et d’argent politique » qui accompagne toujours le roi. Il occupe le rôle de courtisan qu’on connaît dans le théâtre classique. C’est lui qui, dans le marché, divertit le peuple par ses chansons et ses commentaires. Dès fois très grotesque, il parvient à détendre par des plaisanteries une atmosphère un peu tragique. Mais derrière ce masque de bouffon se cache un sage capable de dire la vérité et émettre une critique sans blesser le roi. Aussi ramène-t-il le roi Christophe à la raison en lui disant que « les peuples vont de leur pas, Majesté » (Acte III, scène 6). Il transforma parfois donc la scène en une petite comédie, et instruit en faisant rire.

Madame Christophe : Elle était une servante à l’auberge de la couronne (Acte 1, scène 7). C’est un personnage simple, humble et très lucide. Elle averti son mari de sa démesure et le refrène durant ses moments d’aveuglement. Patiente épouse, elle assiste son mari jusqu’à sa mort.

Chanlatte : Il est le poète national.

3. Les opposants du roi.

Pétion : Il est mulâtre et c’est lui qui essaie de tromper Christophe en lui offrant un pouvoir « sans croûte ni mie ». Il est envoyé par le sénat et il veut surtout le pouvoir et s’allier au roi français Louis XVIII. Bon parleur, il défend la cause des mulâtres. Cependant ses manœuvres machiavéliques vont se retourner contre lui, et il est remplacé par Boyer.

Métellus : Il est un guerrier accompli. Même s’il est contre Christophe, il n’est pas avec Pétion. Il était le compagnon de lutte de Toussaint Louverture et est prêt à donner sa vie pour l’unité de la nation. Il est sur le plan héroïque le double de Christophe.

Corneille Brelle puis Juan de Dios Gonzales : Ils représentent la religion et l’église catholique. Ce sont des Blancs. Corneille Brelle revendique le droit de repos et le roi le soupçonne d’être un allié des Blancs pour déstabiliser son régime. D’ailleurs c’est son spectre qui va frapper le roi Christophe. Aussi est-il remplacé lors de la cérémonie de couronnement. Le second, avec ce nom d’origine espagnole est une sorte de parasite et n’inspire pas confiance non plus

Les autres personnages
Le duc de la Limonade, le duc de Dondon, le duc de Sale-Trou, le duc de Plaisance, Magny… A travers le nom exotique de la France métropolitaine, se cache une volonté de critiquer la puissance occidentale. Ils seront les premiers à trahir le roi.

VI. Le style de Césaire
.
L’espace dans cette pièce de théâtre n’est pas unique : On a le marché du Cap, le palais, la cathédrale du Cap, le champ de bataille, devant Port-au-Prince, au Sénat, dans un salon bourgeois, etc. Ces indications de lieux précises créent en quelque sorte la vraisemblance. Et le roi parcours presque tous les lieux, ce qui fait que la scène est très mobile
Césaire exploite le prologue avec un début qui met en scène un combat de coqs. Ainsi il annonce, voire résume le ressort de la pièce. Mais à l’intérieur de la pièce les péripéties sont entrecoupées de divers types théâtraux parmi lesquels on peut citer :
- le vaudeville : le vaudeville est une comédie légère dont l'intrigue repose essentiellement sur le quiproquo ou malentendu, le rebondissement et les situations grivoises, grossières. Hugonin est l’acteur accompli de ce vaudeville. Durant la fête, la plaisanterie en offre des exemples : « Dis donc la belle, ce n’est pas du rapadou que je veux, c’est de toi, doudou ! Pas de tassau ! Te donner l’assaut, ma doudou ! »
- le ballet : C’est une chorégraphie réalisée par une troupe de danseurs. On a le ballet durant la fête de couronnement du roi Christophe.
Le dramaturge réalise ici un théâtre total en exploitant à la fois la musique, le chant et la danse.

Conclusion


La tragédie du roi Christophe est devenue un classique du genre. Ne respectant pas les règles de la tragédie classique, elle est surtout un mélange des techniques modernes et anciennes de théâtre, et on pourrait même dire qu’elle est un drame africain, tellement il est original et s’écarte des théâtres occidentaux. Le comique et le tragique s’annule, le vaudeville s’y exprime, l’histoire est le fil d’Ariane qui mène de bout à bout l’action, et la musique, le chant et la danse sous forme de ballet fait de cette pièce un théâtre total, un théâtre africain.

L’amour dans Une si longue lettre de Mariama Ba

L’amour dans Une si longue lettre de Mariama Ba

Introduction

La raison de la lettre de Ramatoulaye est d’abord et avant tout les histoires d’amour, de deux amies déçues et trahies par leurs maris, qui se rappellent leur passé en s’écrivant des lettres. Le roman est donc très sentimental. Voilà pourquoi on peut lire le livre et entrer dans une colère : les hommes parce qu’on s’attaque à eux sans pitié, les femmes, puisqu’elles sont les jouets des hommes, du sexe fort comme on les surnomme dès fois.
De telles lectures risquent de nous cacher l’essentiel qui est un enseignement sur les différentes relations sentimentales. Le thème de notre exposé est l’amour ; mais la narratrice en parle à chaque fois qu’elle utilise les noms : passion, affection, attachement, ardeur, flamme ; et les verbes : aimer, adorer, chérir, estimer, affectionner, etc.
Ces mots renseignent sur le contenu de l’amour : le mot « amour » est trop utilisé, il sort de toutes les bouches si bien qu’il peut désigner n’importe quoi. Aussi d’autres mots sont devenus plus précis. Le terme « Passion » est plus fort, quand on aime une copine ou un copain, une épouse ou un mari par exemple. « Affection » renvoie à l’amour pour un parent proche (père, mère, fils, fille, nièce, cousine, grand-mère, grand-père...) ou un ami, une amie, un camarade, etc. le mot « flamme » veut insister sur la force de l’amour qui peut faire le malheur des personnes qui aiment. Quant au verbe « estimer », il est proche du respect, et « adorer » rapproche l’être aimé à une divinité (à Dieu). Notre exposé commence par des interrogations sur l’amour, puis nous verrons les problèmes que pose l’amour.

1. Qu’est-ce que l’amour ?
L'amour désigne un sentiment d'affection et d'attachement envers un être ou une chose qui pousse ceux qui le ressentent à rechercher une proximité par le corps, l’esprit et/ou le cœur.
On parle d’amour conjugal, d’amour filial, d’amour fraternel, d’amour maternel ou paternel, etc. Et on retrouve toutes ces amours dans le texte.

2. Qu’est-ce que l’amour selon les femmes du roman ?

Selon Aïssatou, la polygamie n'est établie que pour satisfaire la bestialité du sexe masculin. Lisons sa lettre de rupture expédiée à son mari : « Si tu veux procréer sans aimer, rien que pour assouvir l'orgueil d'une mère déclinante, je te trouve vil. Dès lors, tu dégringoles de l'échelon (page 90) supérieur de la respectabilité où je t'ai toujours hissé ».
Révoltée comme elle est devenue, elle ne peut pas comprendre comment il est possible pour un homme d'aimer plus d'une femme à la fois. La polygamie pour elle n'est en fait qu'un alibi pour l'homme qui cherche à donner libre cours à ses instincts sexuels et à « légitimer » son infidélité envers sa femme. Lisons comment elle répond à Tamsir :
« Tu oublies que j'ai un cœur, une raison, que je ne suis pas un objet que l'on se passe de main à main. Tu ignores ce que le mariage signifie pour moi : c'est un acte de foi et d'amour, un don total de soi à l'être qu'on a choisi et qui vous a choisi. (....)
Et tes femmes, Tamsir ? Ton revenu ne couvre ni leurs besoins ni ceux de tes dizaines d'enfants... Je ne serai jamais le complément de ta collection ». (Page 94)

3. L’amour vrai existe-t-il dans le roman ?

La rencontre avec Modou Fall (chapitre 6) et celle de la vie à ses côtés (chapitre 9) prouvent qu’entre Ramatoulaye et ce dernier, il s’agissait d’un mariage d’amour, contre l’avis leurs mères à tous les deux.
Relevons quelques exemples qui le certifient : « tu connais ma sensibilité, l’immense amour que je vouais à Modou » (p.82) « la saveur de la vie c’est l’amour. Le sel de la vie, c’est l’amour encore » (p.94)
Voici ce que Ramatoulaye affirme : « le mot « aimer » avait une résonance particulière » (p.28). Malgré le comportement de Modou, Ramatoulaye n’a jamais cessé de l’aimer, car dit-elle «  (…) je reste fidèle à l’amour de ma jeunesse. Aïssatou, je pleure Modou et je n’y peux rien » (p.83)
Le vrai amour étant l’expression de sentiments libres entre deux personnes nul ne devrait se marier sous une quelconque condition, imposée par les parents fut-il.
Un seul homme offre ici l’espoir de disposer de cet amour, c’est Daouda Dieng. « Je viens pour la deuxième fois te demander ta main… j’ai pour toi les mêmes sentiments. L’éloignement de ton mariage, le mien n’ont pu saper mon amour pour toi, je t’aime avec une puissance… Je t’ouvre les bras pour un nouveau bonheur, veux-tu ?»
Il y a aussi le jeune Ibrahima qui, malgré son erreur, donne des signes d’espoir pour le bonheur de sa fille.

4. L’amour : une valeur

D’abord on peut croire que pour certains personnages, l’amour se résume à la sexualité. Là, c’est encore la narratrice qui s’explique : « [...] Tu veux dissocier l’amour tout court et l’amour physique. Je te rétorque que la communion charnelle ne peut être sans l’acceptation du cœur, si minime soit-elle. »
Mais on voit aussi que la femme est considérée parfois comme un objet : Binetou a été utilisée par sa mère comme objet vendu à Modou. Celui-ci réglait tous leurs problèmes financiers. Cela pose le problème du mariage par intérêt. « Sa mère était une femme qui veut tellement sortir de sa condition médiocre », dit –elle.

5. De l’amour à la haine

Quand l’amour commence, suivi du mariage, il y a une sorte de contrat d’amour qu’on pas le droit de briser sans un accord entre les conjoints. D’ailleurs, du point de Jacqueline, c’est-à-dire de la chrétienne, l’union est pour la vie. Voilà pourquoi elle est une victime des effets de l’amour. Alors, ce qu’ont fait Modou, Mawdo et Samba Diack est une trahison.
« Et dire que j’ai aimé cet homme, dire que je lui ai consacré trente ans de ma vie, dire que j’ai porté douze fois son enfant. L’adjonction d’une rivale à ma vie ne lui a pas suffi. En aimant une autre, il a brûlé son passé moralement et matériellement, il a osé pareil reniement… et pourtant. Et pourtant que n’a-t-il fait pour que je devienne sa femme ! »
Une autre trahison, si on peut dire, c’est celle que Aïssatou, l’amie de la narratrice a vécue. Contre la tradition, elle a épousé par amour Mawdo Bâ, mais la mère de celui-ci lui a imposé comme co-épouse la petite Nabou, descendante de princesse, qu’elle a élevée et, pour ainsi dire « dressée », pour son fils.
 « Modou mesurait-il à son exorbitante proposition le vide de sa place, dans cette maison ? Modou me donnait-il des forces supérieures aux miennes pour épauler mes enfants » (p.78).
« Attendre ! Mais attendre quoi ! je n’étais pas divorcée (…) j’étais abandonnée » (p.79)
Ramatoulaye enrage, étouffée par la jalousie, elle qui partageait jusque là avec Modou Fall trente années d’union et douze enfants.
Par ailleurs, Ramatoulaye est parfois étouffée par la jalousie, elle qui partageait jusque-là avec Modou Fall trente années d’union et douze enfants.

6. L’autre amour

Est-ce que, en rejetant leur mère, le mari peut-il toujours affirmer qu’il aime vraiment ses enfants ? La tradition ouolof dit que « celui qui aime la mère affectionne les enfants de cette dernière ». Modou n’est-il pas en train de se séparer de ses enfants ? Ne les a-t-il pas abandonnés en délaissant leur mère ? En tout cas cela pose un problème vrai envers ses enfants qui le rejettent, à commencer par Daba. « Je survivais. Plus je réfléchissais, plus je savais gré à Modou d’avoir coupé tout contact. J’avais la solution souhaitée par mes enfants – La rupture – (…) », dit-elle (p.77).
Ramatoulaye détourne son amour sur ses enfants et, par ailleurs sur son travail. Son métier d’enseignante la passionne et elle le vit comme une mission émancipatrice. Elle fait exprimer ainsi son amour maternel.

Conclusion

On vient de le voir, le thème du mariage occupe depuis très longtemps une place assez importante. Dans une si longue lettre, il se pose le problème du mariage par amour ou par autre chose. Les hommes pour satisfaire leurs appétits, des femmes comme Binetou pour un curieux commerce.
L’amour ne peut être une mauvaise chose. « Dieu est amour », dit-on. Il faut s’aimer soi-même, et aimer les autres, et aimer ce que l’on fait, notre métier. Là se trouve notre bonheur. La femme ne demande qu'à être aimée. La femme rend l'amour qu'on lui porte.
C’est comme si les couples voient leur « amour-fou » qui s’est transformé en « amour-flou ». Ramatoulaye devient un cœur vidé d’amour et avide d’amour.

Platon a écrit « L'amour est aveugle. »

samedi 20 juillet 2013

Etude : « Bouki pensionnaire » extrait de Les nouveaux Contes d’Amadou Koumba de Birago DIOP


Introduction

En Afrique, le conte occupe une place privilégiée dans l’éducation des populations. Voilà pourquoi son étude est pertinente dans le cours de notre vie, particulière dans la vie scolaire. Et Les nouveaux Contes d’Amadou Coumba de Birago Diop constitue un recueil incontournable pour revivre les contes sénégalais.
Voilà pourquoi Léopold Sédar Senghor souligne dans sa préface que Birago Diop « rénove [...] en les traduisant en français, avec un art qui, respectueux du génie de la langue française — cette « langue de gentillesse et d'honnêteté » —, conserve, en même temps, toutes les vertus des langues négro-africaines. » Certains contes sont explicitement destinés aux enfants vu les thèmes et le style simple du conteur. Nous étudierons la vie et l’œuvre de l’auteur, le résumé, la structure et les thèmes et moralités.

I. Vie et œuvre de l’auteur

1. Biographie de l’auteur

Diop, Birago (1906-1989) est un écrivain sénégalais d'expression française, il rend hommage à la tradition orale de son pays en publiant des contes. Né près de Dakar, il reçut une formation coranique et suivit aussi les cours à l'école française. Pendant ses études de médecine vétérinaire, à Toulouse, il s'associa à la fin des années 1930 au mouvement de la Négritude qui comptait alors Senghor, qui fait la préface des nouveaux contes d'Amadou Koumba. . Il marque dès son premier livre son goût pour la tradition orale des griots. Sa carrière diplomatique et son retour à son métier de vétérinaire à Dakar n'entravèrent pas son exploration de la littérature traditionnelle africaine. Il publie la Plume raboutée et quatre autres volumes de mémoires de 1978 à 1989.
Les Nouveaux Contes d'Amadou Koumba est un recueil de contes du Sénégal faisant suite aux Contes d'Amadou Koumba, transcrits par Birago Diop d'après les récits du griot Amadou, fils de Koumba, et publiés pour la première fois en 1958.





2. Bibliographie

Birago Diop a écrit des récits mais aussi des poésies. Entre autres, il fait paraitre

Contes d’Amadou Koumba
Nouveau contes d’Amadou Koumba
Contes et Lavanes
L’Os de Mor Lam
Contes d’Awa
Leurres et Lueurs (poésie)
La Plume rabouté 
A rebrousse-temps
A rebrousse-Gens 

II. Le résumé

Bouki, à cause de la famine, ne trouvant rien à manger, devint très maigre. Et « Lasse de trottiner et de trainer la patte derrière les furtifs lézards et les véloces ratons qui se moquaient visiblement de son allure titubante. »
Bouki se refugia chez le Lion. Gayndé voyant Bouki au milieu de ses petits « avait éprouvé une souriante et douce pitié » Toutefois « Gayndé-le –Lion avait recueilli Bouki-l’Hyène dans un piteux état aux jours de disette dans le pays » Il l’hébergea ainsi dans sa demeure, et même le nourrissait.
Et Bouki grossissait, mais sa disponibilité se réduisait, ce qui se traduisait par un comportement pour le moins arrogant et insolent ; de telle sorte que les lionceaux en firent la remarque à leur père.
Pour lui donner un avertissement, Gayndé tua à la chasse une hyène, et pas n’importe laquelle, mais une hyène telle Bouki n’en avait jamais vu. Voilà la description du conteur  que  le conteur décrivit ainsi : « Devant elle, gisait, tripes au soleil, échine fendue jusqu’aux fesses basses, la plus grosse des hyènes, dont la mère de sa mère n’avait jamais parlé dans ses contes les plus flatteurs pour sa race. La proie de Gayndé était aussi grande que le plus fort des taureaux que Bouki eût jamais aperçus de loin aux temps d’abondance, dans le troupeau de Madal Poulo, le berger. » (p.171)
Apparemment Bouki avait compris l’avertissement. Mais avec le temps, il oublia. Il continua à chausser les sandales de Gayndé, devenait moins serviable, et plus insolente encore.
Un jour en revenant de la chasse, Gayndé rencontre Leuk-le-Lièvre. Celui-ci se proposa de l’aider à transporter ses prises.
En chemin, Gayndé avait tué Ndiougoupe-la-Chauve-Souris qui se moquait de lui, puis ce fut le tour de Bèye-la-Chèvre qui mourut à cause de son impertinence. Ils se moquaient de Gayndé parce qu’il avait hébergé Hyène.
Dans sa maison, ils trouvèrent Hyène en train de dormir. Celle-ci, réveillée, pesta.
Gayndé demanda à Bouki de faire le partage. Mais le partage ne plut pas à Gayndé. Il frappa la gueule de Bouki en « lui arrachant l’œil gauche, qui passa tout près du nez frétillant de Leuk-le-Lièvre » (p.174)
Le partage est pris en charge par Leuk qui donna tout à Gayné.




III. La structure du conte

Le conte s’est construit tel une composition musicale avec comme refrain les accusations des enfants qui informent leur père des agissements de leur singulier pensionnaire Bouki.
« Père, Bouki-l’Hyène a essayé tes sandales, et celles-ci lui vont impeccablement »

1. La situation initiale 

Bouki a comblé son manque. De la page 167 à la page 170, Gayndé avait d’autres soucis. Alors le conteur fait un retour en arrière et rappelle la misère de Bouki avant de venir chez son hébergeur. Et il fut traité comme un digne et respectable hôte. Il est même responsabilisé par Gayndé.

2. Les péripéties 

On assiste aux changements de comportement et à la transformation physique de Bouki. De la page 170 à la page 172
1re péripétie : Bouki est allé trop loin avec ses plaintes, et cette fois-ci Gayndé s’en est rendu compte. Une décision est prise par le roi de la forêt d’avertir son hôte. Il lui donna une leçon en tuant une grosse Hyène. Bouki changea de comportement. Une amélioration fut notée dans le comportement de ce dernier.
2ème péripétie : Leuk entre dans la danse en accompagnant Gayndé chez lui. Une fois arrivé, Gayndé demande à Bouki de faire le partage des proies de la chasse. Le partage mal fait de Bouki et le jugement du roi ne se fait pas attendre. Il le tua d’un coup de patte. Jugement qui rappelle d’ailleurs celui du roi dans Les Fables de Jean La Fontaine "Les animaux malades de la peste" affirme que « Selon que vous serez puissant ou misérable, / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir»

3. La situation finale

De la page 172 à la page 175, on assiste à la dernière épreuve que Gayndé soumet à son hôte. La fin tragique pour Bouki qui meurt puisqu’il n’a pas réussi à faire le partage tel que le veut le propriétaire du gibier ; et Leuk, lui, fait le partage en octroyant toutes les parts au Lion. Celui-ci épargna sa vie. La fin est ainsi malheureuse pour Bouki, et heureuse pour Leuk. Lion interrogea Leuk sur son partage.
« - Et qui t’a appris à si bien faire un partage, Oncle Leuk ? s’étonna Gayné-le-Lion.
-     - L’œil gauche de Bouki-l’Hyène, qui a frôlé la pointe de mon nez ! » (p.175)
Voilà ce qu’on dit Bouki a abusé de la bonté de son hôte. Il en a fait les frais.

IV. Les actants

Ce sont des animaux. On comprend que ce conte soit essentiellement destiné à l’éducation des enfants dans la pure tradition des sénégalais. Aussi les actants choisis sont très communs dans l’univers de contes, et représentent par là des caractères et des comportements.
Gayndé : il est le roi, à défaut le chef de famille qui décide de tout. Il entretient ses enfants. Il est fort et redoutable, ce qui lui permet d’imposer sa loi; la loi du plus fort.
Bouki : il symbolise la gourmandise et l’idiotie. Très opportuniste, et très méprisable, sa naïveté le perd souvent.
Leuk : il est le malin, et par excellence le contraire et l’ennemi de Bouki. Souvent, il est à l’origine des mésaventures de celui-ci. Dans la quête de Bouki, Leuk est toujours l’opposant.

V. Les thèmes et moralités

1. L’hospitalité

Bouki a abusé de l’hospitalité de son hôte. Il faut partir tant qu’il est temps. Ne jamais vivre sur le dos des gens.
Il semble que ce conte-là est une somme de proverbes vérifiés par le récit.
Autant l’attitude de Bouki, se réfugiant chez Gayndé est surprenante, autant la décision de Gayndé de lui épargner la vie et, par-dessus le marché, lui demander de s’occuper de sa proie est étrange, voire fabuleuse.
Chaque attitude de Gayndé suscite des interrogations ?
Là, on peut dire qu’ "il y a anguille sous roche", autrement dit cela n’augure rien de bon pour Bouki ; certainement Gayndé a une idée derrière la tête. Mais quoi ?
Et Bouki, lui-même n’en croyait pas ses oreilles : non seulement il pouvait penser qu’il se jetait dans la gueule du lion en s’invitant chez lui, mais quelle surprise que de se voir proposer de s’occuper la prise de Gayndé. Aussi se mit-il à trembler « de tous ses membres et de ses flancs aplatis ». La gourmandise de Bouki se révèle ici. Cet autre caractère propre à l’Hyène fait penser à un autre proverbe : « a beau chasser le naturel, il revient au galop »
Encore une fois, le conteur utilise l’hyperbole pour peindre ce caractère : « les forces lui revenant rien qu’à la vue et à l’odeur de toute cette chair, de toutes ces tripes qui fumaient encore, de tout ce sang dont le sol gourmand n’attendait, lui, aucune permission pour en prendre sa part » (p. 169)
Il enfreint un interdit dans la coutume des sénégalais, à savoir on ne parle pas la bouche pleine de nourriture. Mais face à la « bonté extraordinaire» de Gayndé, il ne pouvait attendre de terminer pour remercier. Le ton du griot est dans le remerciement « Ndiaye ! N’Diaye ! ! Gayndé N’Diaye ! merci ! » disait-il.

2. La gourmandise 

C’est à la fois un défaut et un péché. On le voit avec Bouki, c’est en réalité sa gourmandise qui l’empêche de réfléchir. Oui, elle remplit son ventre sans prêter attention à la réaction des lionceaux, encore moins à celle de Gayndé. Et d’ailleurs, on peut dire qu’il a « la mémoire au fond du ventre ». A chaque fois qu’il voit la viande, il adopte un comportement étrange : voici comment le conteur le dépeint à l’occasion : il mange « la gueule pleine », « Elle mangea, ce jour-là, pour tous les autres jours, pour toutes les semaines et même pour toutes les lunes qu’elle avait jeûné par la force des choses et non par dévotion » (p.169) dans de pareils cas, on dit de quelqu’un qu’ « il ne croit pas en Dieu »
Pour de la nourriture, Bouki est capable de se faire piétiner par les lionceaux. Il se montre ainsi sans vergogne, acceptant que les lionceaux jouent sur son ventre ; c’était le prix à payer pour avoir été hébergée par leur père et profiter de ses prises de chasse.
Bouki, voulant rester pensionnaire de Gayndé, se mit à jouer le rôle de bonne de maison et « avait nettoyé la maison, fait le ménage, amusé les enfants ». En plus, elle se montrait très prompte à s’occuper des proies que le maître de maison ramenait de la chasse, très empressée d’exécuter les ordres du maitre des lieux.
La ruse de Gayndé est une première épreuve que Bouki devait passer pour mériter de continuer à loger chez Gayndé : Gayndé cacha le gibier derrière l’enclos, et rentra dans la maison la gueule vide. Et Bouki resta presque sourde à ses appels.
Mais quand Bouki fut en présence de la bête tuée par Gayndé, au lieu de réfléchir à l’attitude de Gayndé, sa gourmandise l’empêcha de comprendre l’épreuve de son hôte.

VI. Le style du conte

Ce conte est amusant. Il l’est surtout car le récit est parsemé d’humour. L’humour est obtenu grâce à des figures de style telles que l’hyperbole et la comparaison pour présenter l’état physique de Bouki « Bouki était alors si maigre et si efflanquée que l’on voyait le soleil à travers ses côtes. Son poil était, alors, piqué et mité aux endroits où il en existait encore, et ses coudes et ses fesses étaient aussi nus que le derrière rougeoyant de Golo-le-Singe.» (p.168)
« Lasse de trottiner et de traîner la patte derrière les furtifs lézards et les véloces ratons qui se moquaient visiblement de son allure titubante. »
Le refrain est caractéristique du conte. En effet, les lionceaux répétaient les mêmes griefs à leur père, face à l’arrogance du pensionnaire Bouki.
L’utilisation du proverbe est un moyen pour formuler à la fois le conseil et l’avertissement : (« un large détour s’impose quand on trouve un nid de lionceaux »)
Mais le conteur sous-entend d’autres proverbes sur le comportement d’un hôte.
« Laisse mouton pisser tabaski viendra », semble dire Gayndé à ses petits lionceaux, mais ceux-ci n’avaient rien compris.

Conclusion

Ce conte est un banc d’essai pour illustrer quelques sagesses de vie dans la société africaine, et particulièrement dans la société sénégalaise. « Si on te donne tout, ne prend pas tout ».
En fait, on aura compris que Gayndé attendait un motif valable pour tuer Bouki. Par conséquent, il l’engraissait pour le jour où il rentrerait bredouille de sa chasse.

Exercice de révision

  Le paresseux   Accablé de paresse et de mélancolie, Je rêve dans un lit où je suis fagoté, Comme un lièvre sans os qui dort dans un...