mercredi 1 mai 2024

Le romancier : entre réalisme et subjectivité

Critères de réalisme dans un roman

Il s’agit de propose une expression impersonnelle, un langage objectif, le travail, une copie du réel. Bref, l’écrivain réaliste doit être fidèle à ce qu’il observe.

 

Peindre une réalité pure impossible

L’écrivain réaliste étant un artiste, il doit faire preuve d’artifice, de fantaisie dans sa création. Il a recours à sa sensibilité exacerbée, à sa vision personnelle, à son tempérament, son originalité.

 

 - décrire les détails de la vie quotidienne, de la culture, des coutumes et des relations sociales.

- le héros est un individu ordinaire avec ses défauts, ses qualités, proche du lecteur.

Meursault est un homme ordinaire, simple qui aime les plaisirs de la vie, il a les besoins communs que le lecteur : « Marie est venue, j'ai eu très envie d'elle »

- les questions sociales telles que la pauvreté, la corruption, l'amour, la violence, le suicide, le racisme, l’exclusion, les classes sociales, la justice sont abordées.

- le style est simple et respecte les niveaux de langues de la société dépeinte : chaque milieu social a son propre vocabulaire ; chaque catégorie professionnelle, son vocabulaire spécialisé.

- l’histoire racontée est ancrée dans un contexte historique précis avec des toponymes et des références temporelles précises.

- le fait divers réel peut être à l’origine du réalisme dans le roman.

- la documentation de l’auteur alimente son roman. Cela donne du crédit à son réel, car les informations dans le roman sont exactes.

Avant de décrire Madame Bovary se suicidant à l’arsenic, Gustave Flaubert a dû se renseigner sur les symptômes de ce poison pour coller à la réalité.

 - l’effacement du narrateur par l’adoption un narrateur externe témoin donne l’impression au lecteur qu’il est en face de ce qui se passe.

- Il varie les points de vue pour offrir une image complète de la réalité. Il évite de ce fait le parti pris qui nuirait à l’objectivité, et permet au lecteur qui voit la scène sous différents angles de se faire son opinion.

 

 - Le romancier peut traduire sa perception en créant ses personnages. Il puise dans ses propres sentiments, ses propres expériences, sa sensibilité pour composer son héros.

Flaubert aurait dit cette formule apocryphe « Madame Bovary, c’est moi ». Une façon de montrer que certaines caractéristiques de l’héroïne de son œuvre s’inspirent de sa propre vie.

- Une action simplifiée du réel prouve que le romancier a opéré à des choix, ce qui exclut de facto son objectivité.

- Le romancier est subjectif. Il connaît le réel mais il propose une réalité autre, vraisemblable.

Le surréaliste Louis Aragon soutient : « L’art du romancier est de savoir mentir mais mentir en créant l’illusion de vérité ».

Rousseau affirme dans ses Confessions « Je me suis montré tel que je fus …j’ai dévoilé mon intérieur tel que tu l’as vu… » : le roman devient ainsi une autobiographie. Mais, il livre des souvenirs selon sa sensibilité ou sa subjectivité, ce qui peut nuire à la véracité de son histoire.

- le roman n’est que l’illusion de la réalité. Maupassant faisait remarquer, dans sa préface à Pierre et Jean, que « les Réalistes de talent devraient s’appeler plutôt des Illusionnistes »

- le romancier se cache derrière un ou des personnages pour dire ses idées, ses intentions. Pourquoi certains lecteurs ont pensé, à tort, que le roman Une si longue lettre est une autobiographie. Qu’est-ce qui pourrait provenir d’elle, caution de la présence de la sensibilité et des engagements personnels de l’auteure Mariama Ba ?

Pour Camus, le romancier aussi écrit suivant ses intentions, son désir comme le dit « le monde romanesque n’est que la correction de ce monde-ci, suivant le désir profond de l’homme. »

- le roman peut proposer un réel purement imaginaire.

- Un univers repensé, comme le sent le créateur du roman, en l'occurrence le romancier.

Le cas de l’utopie dans le roman montre que le romancier choisit de peindre un monde tel qu’il le désire, c’est-à-dire tel qu’il voudrait que le sien exagérément soit. Voir l’Abbaye de Thélème dans Gargantua de Rabelais.

 

 


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