vendredi 9 mai 2008

Etude Le monde s’effondre de Chinua Achebe

Introduction
Le monde s’effondre, ou si vous préférez « Things fall apart », son titre en anglais, duquel il est une traduction, a cette année 2008, cinquante ans. Et le projet, le but de son auteur a toujours été de conservé dans ses textes une culture africaine vivace. La peur que les générations futures perdent cela est fort justifiée. Aussi le titre met-il l’accent sur une possibilité que la culture africaine, du moins une partie importante de cette culture soit perdue. L’étude de ce roman devient dès lors une prise de conscience des richesses que le continent noir est en train de perdre. Afin de mieux comprendre le livre, il est nécessaire de revisiter la vie de Achebe qui, à bien des points, marque de son empreinte son œuvre. On résumera ensuite l’histoire du roman avant d’étudier les personnages et les thèmes.

I. Eléments biographiques
Albert Chinualumogu Achebe est né le 16 novembre 1930 à Ogidi, dans l’est du Nigeria, de parents Ibo. Il est le cinquième des six enfants de ses parents, Isaiah Okafo et Janet Achebe, qui sont de fervents chrétiens. Le jeune Achebe commence ses études à l’école missionnaire tout en ayant l’occasion de vivre une "vie villageoise traditionnelle" dans un environnement encore épargné par la colonisation. Il est donc influencé par deux cultures, la culture ibo traditionnelle et la culture anglaise.

Bon élève, surnommé "le dictionnaire" pour sa connaissance de l’anglais, Achebe obtient une bourse et continue ensuite ses études au "Governement college" d’Umuahia (une ville qui figurera souvent dans ses romans) de 1944 à 1947, puis à l’université d’Ibadan de 1948 à 1953, année où il obtient son BA (l’équivalent d’une maîtrise dans le système français). Avant d’entrer à La Nigerian Broadcasting Corporation (NBC), Achebe effectue quelques voyages en Afrique et aux Etats-Unis et travaille quelques temps comme professeur. Il suit une formation à la BBC, et commença à travailler à la NBC en 1954. En 1958, il écrit son premier roman, "Things fall apart" (Le monde s’effondre), en réaction à ce qu’il considérait comme une description inexacte de la vie des africains par les européens.

II. Bibliographie

Au cours de sa scolarité et de ses études universitaires, Achebe aimait la littérature anglaise, mais s’est aussi rendu compte que certains de ces livres dépeignaient les africains avec racisme. Achebe voulait faire un roman décrivant les africains comme ils les connaissaient.
Le roman connaîtra un énorme succès et, aujourd'hui il est l’un des plus célèbres romans, sinon le plus célèbre écrit en anglais par un africain. L’histoire est centrée sur Okonkwo, lutteur traditionnel, homme ambitieux, dont la vie est perturbée par la modification des structures traditionnelles de la vie au village suite aux contacts avec les européens. Achebe raconte les conséquences de la colonisation sur la vie d’un village africain, du point de vue d’un africain et décrit, sans l’idéaliser (certaines traditions pouvaient être cruelles), un monde qui se suffisait à lui même et qui a commencé à s’effondrer avec l’arrivée de la colonisation.

Il obtient le "Margaret Wong Memorial Prize" en 1959, le premier d’une longue série de récompenses littéraires. En 1960, il publie son second roman, Le malaise (No longer at ease), qui est la suite de son premier roman. Obi Okonkwo, petit-fils du personnage principal du Monde s’effondre (Things fall apart) (1958 ) revient au Nigeria dans les années 50 avec un diplôme d’une université anglaise. Il a de grosses attentes concernant son futur travail, son salaire et tout le prestige attaché à sa future situation sociale, mais rien ne passe comme prévu dans un environnement qu’il ne maîtrise pas.

L’action de son troisième roman La flèche de Dieu (Arrow of God) (1964) se situe dans les années 1910-1920 en pleine période coloniale. Le personnage principal est un prêtre, Ezuele, qui remporte une série de victoires psychologiques importantes contre le représentant de la puissance coloniale britannique de la région. Cependant, Ezuele connaît la défaite et la folie en étant finalement incapable de résoudre les problèmes posés par l’arrivée de la colonisation.
Le livre comporte quelques similitudes avec Le monde s’effondre dans la mesure où Ezuele, le leader religieux intellectuel et Okonkwo, le guerrier-athlète chutent, victimes de la puissance coloniale qui mine les traditions politiques et religieuses des Ibos. Achebe écrira d’autres romans comme A man of the people (1967) ou Anthills of the Savannah (1987). Il écrira aussi de nombreux essais de même que des œuvres de poésie Soul Brother en 1971, Christmas in Biafra en 1973 ou des nouvelles.

III. Résumé du roman
Banni de son village après une série de péripéties souvent violentes, Okonkwo y revient quelques années plus tard et constate que tout a changé : les administrateurs civils et les missionnaires sont devenus les maîtres, et les hommes du village ne semblent pas disposés à le suivre dans sa révolte contre le pouvoir colonial.

Okonkwo préférera la mort à la soumission. Ce roman appartient à une série romanesque (Le Malaise, La Flèche de Dieu) dont l'action a pour cadre un même village. Ils mettent en scène des personnages issus de la même famille et souvent confrontés à des situations conflictuelles survenant entre représentants de la tradition et partisans du modernisme.

Achebe s'attache à la description d'une Afrique dont l'harmonie - néanmoins présentée sans manichéisme avec ses violences et ses injustices - a subi le traumatisme brutal et bouleversant de l'implantation coloniale. Plus tard, la dénonciation des dérives et la critique des politiques apparaîtra dans l'oeuvre du romancier (Le Démagogue) de même que la guerre du Biafra sera présente dans son recueil de nouvelles Femmes en guerre. Utilisant l'anglais, Achebe a su donner à sa langue d'écriture un souffle africain, pour l'essentiel issu de sa langue maternelle, l'igbo. En cela, il est un précurseur d'une expression littéraire africaine originale qui a sans nul doute contribué au succès de ses livres diffusés à plusieurs millions d'exemplaires dans le monde.

IV. Les personnages

Okonkwo : Il est le héros du roman. Il n’est pas un homme de réflexion, mais d’action. Sa réputation repose sur de solides réussites personnelles. Il a rapporté honneur et gloire à son village en terrassant Amalinze, le chat lors du grand combat qui a lieu de mémoire d’homme. Il fut victime d’un crime …. Et de ce fait, il s’exila pendant 7 ans dans son pays maternel. Ce dernier s’opposait à la pénétration étrangère car il s’attachait beaucoup à sa culture. Aussi n’accepta-t-il pas la domination des occidentaux. De retour au pays natal, il se suicida afin de ne pas être humilié par le Blanc

Unoka : C’est le père d’Okonkwo. Il était un homme très paresseux et ne possédait ni femme, ni titre. A cause de sa paresse, il était la honte de son fils. Unoka était très endetté et ne payé pas ses dettes. Lorsqu’un peu d’argent lui tombait entre les mains, il le dépensait immédiatement en faisant la fête. Il n’a rien laissé à son fils quand il mourut, et n’était pas enterré à cause de sa maladie d’enflure. Son peuple n’enterrait pas un enflé car ils disent que c’est une abomination pour la terre. Donc Unoka fut jeté dans la forêt.
Nwoyé : c’est le fils d’Okonkwo. Il détestait la civilisation et les traditions Ibo. Il est allé même jusqu’à se convertir à la nouvelle religion, le christianisme.
Ikemufuna : C’est un garçon qu’on a sacrifié au clan pour éviter la guerre et verser le sang entre les deux villages. Un jour, un groupe d’hommes est venu chez eux et a entretenu une discussion à voix basse avec son père et ils l’ont amené loin de sa famille. Trois ans plus tard, le même cas se reproduit, mais cette fois-ci, c’est pour un voyage sans retour car devait être tué.
Obeirika : C’est le meilleur ami du héros, avec qui il partageait ses moments de bonheurs et de malheurs. Lorsque Okonkwo s’est exilé, celui-ci lui vendait ses ignames et lui rapportait l’argent. Il le mettait aussi au courant de tout ce qui se passait au village. Ce dernier est moins agressif et moins violent que son ami Okonkwo, mais l’un de ses plus fidèles amis.
Ekwefi : Elle est la seconde femme de Okonkwo. Elle aimait beaucoup les combats de lutte quand elle était plus jeune (à cette époque on l’appelait la beauté du village), c’est la raison pour laquelle Okonkwo avait conquis son cœur en terrassant Amalinze. Mais malheureusement, pour elle, Okonkwo ne pouvait pas l’épouser parce qu’il était trop pauvre pour payer sa dote. Cependant, quelques années plus tard, elle s’enfuit de chez son mari pour rejoindre Okonkwo. Cela fut à l’origine de sa souffrance durant toute sa vie. Elle va accoucher plusieurs fois (9) d’un Ogbanje (enfant qui meurt après la naissance). Telle était la punition d’une femme qui commet un péché. Heureusement pour elle, son 10ème enfant survécut grâce à l’homme médecin qu’Okonkwo avait engagé et qui est parvenu à déterrer le caillou poli de la fille.
Ezinma : C’est la seule et unique fille d’Ekwefi, la seule à survivre de ces 10 enfants. A 6 ans déjà, sa mère avait l’espoir qu’elle était venue pour rester, puisque les autres moururent avant d’atteindre un an. Mais Ezinma était différente des autres, et en tant que fille unique, elle était le cœur de sa mère qui lui vouait un amour ans limites. Elle bénéficiait de toutes les faveurs que les autres enfants n’avaient pas. Elle était une fille très courageuse et écoutait attentivement les conseils de son cher père. Ainsi celui-ci avait-il souhaité qu’elle fût un garçon et sauver l’honneur du clan.
M. Brown : C’est le seul missionnaire blanc qui se montrait ferme lorsqu’il s’agissait d’empêcher son troupeau de provoquer la colère du clan. Il construit une école et un hôpital pour mener passivement sa conquête. Il entrait dans les maisons pour s’enquérir des réalités du clan. A la suite d’une maladie il rentra en Europe.
M. Smith : C’est le remplaçant de M. Brown. Il est aussi dur que le héros Okonkwo.

V. Les thèmes

1. La civilisation des Ibos : Elle est une civilisation purement africaine car ces derniers respectent beaucoup leurs coutumes et règlements.
Leur mode est très étrange car ils n’acceptent pas la naissance des jumeaux qu’il considère comme une abomination. Ces derniers sont jetés dans la forêt des esprits du mal qu’ils appelaient forêt maudite. Ils n’acceptaient pas non plus les lépreux et les albinos, croyant que ce n’étaient pas des êtres humains. Ils n’étaient pas ainsi enterrés mais jetés. Leurs coutumes n’acceptaient pas non plus la querelle entre les membres du même clan, cet acte leur apparaît comme une grande humiliation. Chez les Ibo quand quelqu’un tuait un homme, même involontairement, on l’exilait pour 7 ans. Et si cela se faisait de sang franc, c’était la condamnation à mort. Si ce crime est commis par un étranger, le village de ce dernier donnait une vierge et jeune garçon en compensation pour éviter la guerre entre les clans.
2. La civilisation blanche : Les Blancs bouleversèrent la vie traditionnelle des Ibos par leur nouvelle culture. Aussi certains allèrent jusqu’à saboter les us et coutumes du pays des noirs. L’arrivée de leur foi sema également la discorde dans les familles.

Conclusion
Dans le roman Achebe, on note une volonté délibérée de la part du romancier de faire preuve de réalisme. En fait, l’auteur a voulu montrer la société africaine dans ses valeurs authentiques sans les masquer de la pudeur qui caractérise son peuple. Et si on est à l’extérieur d’une telle société, on jugerait criminels voire barbares certains actes. Pourtant, il n’en est rien, selon le système de Chinua Achebe dans Le monde s’effondre. L’importance de la Forêt Maudite montre que les croyances de ce peuple étaient sérieuses, vraies et pleines de valeurs significatives et mystiques. Ce qu’on a surtout admiré dans ce roman c’est la hargne du héros qui, pour l’honneur, restera lui-même quoi qu’il dût lui en coûter, surtout quand il s’est agi de s’opposer à la religion apportée par la puissance coloniale. Toutefois, la vague de convertis annonce la victoire de l’église, surtout que ce sont les jeunes qui y adhèrent.

mardi 6 mai 2008

Etude de Karim de Ousmane Socé

Introduction

Le roman de Ousmane Socé, Karim est une œuvre à caractère social, et elle traduit les réalités socioculturelles du Sénégal. Aussi peut-elle être rangée dans la catégorie des romans de mœurs. Il met ainsi en relief les facettes de la culture africaine, particulièrement celles des saints louisiens du Sénégal. Cette étude s’intéressera à l’auteur, au roman, et spécifiquement il sera proposé un résumé, une étude de la structure et des thèmes

I. Présentation de l’auteur et l’oeuvre
1. Biographie

Ousmane Socé Diop est né en 1911 à Rufisque du Sénégal. Il fit ses études secondaires au lycée de Dakar puis fréquenta l’école William Ponty. Il entra à l’école vétérinaire d’Alfont en 1931. Il fut membre du groupe de l’Etudiant noir. Ousmane Socé exerça ensuite son métier à Kayes, Sikasso, Mopti au Mali. Il se lança dans la politique dès 1948. Après les indépendances, il fut ambassadeur du Sénégal à l’ONU puis à Washington. Après sa retraite en 1968, il s’installa à Rufisque. Il est mort le 26 octobre 1973.

2. Bibliographie

Les écrits de Ousmane Socé ne sont pas de quantité mais de qualité. En fait de roman il n’en a écrit que deux : Karim qu’il publie en 1935 et Mirages de Paris en 1937. Il donnera aussi un recueil de contes : Contes et légendes d'Afrique noire en 1975.

II. Résumé

Karim Gueye était un jeune homme de 22 ans, qui travaillait dans une maison de commerce après avoir eu son certificat d’étude à l’école française. Il s’ennuyait au bureau jusqu’au jour où il remarqua parmi un groupe de filles, Marième âgée de 18 ans, qu’il se décida de fréquenter assidûment en vrai « samba-linguère », en compagnie de ses amis Moussa, Alioune et Samba. Les dépenses de la jeune fille commençaient à les ruiner, car Karim s’endettait pour être digne de sa noblesse. Cependant l’entrée en scène d’un cousin de Marième, Badara, avec des dépenses que ne pouvaient soutenir Karim et son « état major », acheva la défaite de ces derniers, après pourtant une courte victoire. Mais ce fut surtout la mère de Marième qui en décida ainsi, alors que le cœur de sa fille battait pour Karim. Karim en vrai « samba-linguère » donc, ne digéra pas la défaite, et décida d’aller à Dakar et démissionna de son poste. Avec deux de ses amis, Assane et Ibrahima. Marième qui assistait au départ sanglota.
A Dakar, la capitale de l’Afrique de l’Ouest d’alors, Karim fut accueilli pas son oncle Amadou, sa tante Rokhaya et ses cousins et cousines. Dès le lendemain, son oncle réussit à lui trouver du travail à la Compagnie Sénégalaise. Au troisième mois, il reprit ses habitudes et allait voir une certaine Aminata à Rufisque les week end. Fêtes et « lamb » se succèdent, Karim qui épargnait au début, se ruina de nouveau, et il fallait un crédit de son cousin instituteur Abdoulaye pour envoyer de l’argent à ses parents de qui il avait reçu une lettre de reproches et de conseils. Il rompit avec Aminata et reprit difficilement une vie rangée. Mais, peu de temps après, il succomba sous le charme d'une catholique, Marie Ndiaye. A cause de son amour propre, il démissionne de son travail suite à un remarque insultante de son directeur, et essuie les reproches de son oncle qui, après l’avoir laissé chercher en vain, lui trouva encore un travail temporaire de comptable à l’Etablissement Costier. Il se refait une santé financière et visite les villes de la région arachidière. Il apprend que Marie Ndiaye est enceinte de lui, et il reconnaît la paternité avec honneur et lui propose le mariage. Avortée par le biais des vieilles méthodes, ce mariage qu’il tentait de contracter se révélait pourtant impossible par incompatibilités de religion, d’éducation et de mentalité. Un jour il tombe malade de dysenterie, mais c’est surtout de nostalgie pour Ndar. Reconverti, il passe son temps à lire le coran et les poèmes de El hadji Malic. Il décide de rentrer au bercail à la suite d’une lettre de son ami, Babacar Ndiaye, qui lui annonçait la fête de la ville. A son retour, il reconquit Marième qu’il épousa un vendredi et alla remercier le Vénérable Serigne Samba qui lui avait prodigué des prières. Le roman se termina par la nuit de noce qui confirma la virginité de Marième.

III. Structure de l’oeuvre

La structure de Karim est étroitement liée au thème du voyage. C’est Ousmane Socé Diop qui marque de façon significative le début de ses romans africains, composés sur le rythme ternaire. L’action de Karim se fonde sur la technique du voyage. Trois épisodes sont nettement délimités : le premier se passe à Saint-Louis, le second à Dakar et le troisième de nouveau à Saint-Louis. A Saint-Louis d’abord où le héros Karim s’épanouit dans un cadre enchanteur traditionnel où tous ses rêves se réalisent jusqu’au jour où il connaît un échec retentissant dans une joute amoureuse où les libéralités ostentatoires l’emportent sur la sincérité des sentiments. Ensuite, la deuxième étape, celle des aventures du héros à Dakar, et Karim découvre ce nouvel horizon et a de plus amples connaissances de la civilisation européenne, et il gagne en expérience, surtout dans sa vie de jeune garçon. Enfin la troisième phase montre le héros de retour au bercail à Saint-Louis, fort d’expériences, réussir là où il avait échoué.


IV. Thèmes

Les thèmes sont nombreux, et il difficile de les étudier tous. On a l’amour et l’amour-propre, l’amitié, le libertinage, le travail, l’économie, la colonisation, la parenté et le cousinage, l’honneur, la religion, la ville, la sagesse, la fête. Autant de thèmes présents dans le roman qu’on pourrait se proposer de développer. Voyons cependant quelques-uns

1. La religion
Il est tout à fait naturel que le roman soit traversé par diverses religions, et surtout celle musulmane à laquelle appartient le héros. Mais il faut également considérer la religion traditionnelle présente à travers les croyances, les superstitions, les gris-gris etc. On peut noter ainsi l’importance de la fête de la tabaski, moment de ferveur et de réjouissances. (Chapitre III). Toutefois il n’empêche que les superstitions demeurent et c’est la raison pour laquelle Karim et ses amis ont ajourné leur voyage du mardi, car leur dit sa mère « c’est un jour néfaste pour les voyages lointains. Vous attendrez le vendredi » (p.63). La religion chrétienne présente d’abord à Saint-Louis par l’église de Lourdes, devient plus présente à Dakar avec l’entrée en scène de Marie Ndiaye dans la vie du héros. Celui-ci sera ainsi invité à une fête de procession un dimanche à Gorée, l’occasion pour le narrateur de passer en revue la religion catholique durant les Vêpres et l’office du prêtre. (pp.110-111)

2. Une sagesse sénégalaise

Les proverbes constituent des moyens d’expressions propres aux africains, et le roman Karim ne fait pas exception à la règle, car cette sagesse est très présente tout au long du récit. Dans la joute oratoire qui oppose Karim à son rival, Badara, celui-ci lui signifie qu’il est un étranger chez sa cousine ainsi : « gane yomba na mougnal », traduisons par « il est facile de supporter un hôte ». Et à Karim de dire à l’endroit de Marième cette sagesse de Kothie Barma : « Aime la jeune femme, mais ne te fie pas à elle » (p.52).
Quand Aminata, la copine Karim de Rufisque lui écrit, elle lui dit : « pitieu ngui thi kow karab, wandé khélama nga thi souf » (p.98). Karim, ne se prive pas de proverbe puisqu’il affirme « kou dem thi deuk bou nieup di féthié bene tank, nga féthié ben tank » (103). Cette idée permet d’ailleurs à Karim de se ressaisir et d’adopter un comportement conforme au milieu, signe donc de son mûrissement.

3. La vie métropolitaine
Que ce soit à Saint-Louis ou à Dakar, la vie est caractérisée par un mélange de cultures traditionnelle sénégalaise et occidentale. Toutefois la capitale est beaucoup plus modernisée, avec ses rues à William Ponty, place Protêt ; les voitures de différentes marques, françaises « Renault » et « Citroën », italienne « Fiat », américaine « Chrysler » et « Ford ». Il faut y ajouter le mode de l’habillement à l’européen, les noirs en costumes européens. La population y est cosmopolite ave des marseillais, new yorkais, anglais, allemands, etc. Sur le plan moral, la société sénégalaise y est au plus mal, aussi le père de Karim met-il en garde son fils contre les tentations de cette ville : « Dakar est une ville où l’on se tourne facilement vers le mal » (64).

4. La fête
Le roman est du début à la fin rythmé par la fête. On a l’impression que chaque jour pour Karim est une fête. L’omniprésence des « diali », ou griots, justifie cette idée. On y ajoute les fêtes religieuse musulmane « la tabaski » et « la procession » catholique, la fête civile de l’indépendance française du 14 juillet, sans compter les fêtes profanes de combats de luttes, de « tam-tam », et enfin la fête du mariage qui clôture l’histoire.

VI. Signification de l’œuvre

L’étude de la composition de cette œuvre peut permettre d’aboutir à la découverte de la portée de celle-ci, en saisissant les dimensions essentielles de l’esthétique qui traverse le récit.
De plus datant de 1935, le roman Karim a été dans une large mesure une sorte de révélation progressive du caractère et de l’évolution psychologique des personnages importants. Cette évolution des personnages se fait aussi bien dans le temps que dans l’espace. Ainsi à travers une société en mutation, il semble impérieux que les populations, quoi que très ancrées dans leur tradition, doivent s’adapter aux changements causés par l’Occident. Voilà pourquoi le roman se présente comme une évocation des souvenirs par la célébration des valeurs culturelles de noblesse, d’honneur, d’amour et d’amour propre, et de fierté. En réalité, le romancier a combiné des faits imaginés afin d’en dégager des règles d’ordre psychologique : l’idée de l’observation à l’illustrer par un exemple avec n’importe quel personnage. C’est alors que le roman étale naturellement des lieux, des gens et des choses qui appartiennent à un passé défini, celui des sénégalais. Le personnage de Karim est donc un moyen de faire revivre le passé.

Conclusion

En définitive, il apparaît évident qu’il y a eu dans l’esprit d’Ousmane Socé Diop, lorsqu’il a conçu son texte, un souci incontestable de la composition. Ce romancier fut donc, sur ce plan un précurseur. Au-delà de l’esthétique de composition, Karim rejoint l’éthique. La structure initiatique n’est qu’une facette de l’apprentissage dans la culture africaine, et on le retrouve le plus souvent dans les contes, domaine où l’auteur de Mirages de Paris excelle. Par conséquent, on peut dire que Ousmane Socé avait des intentions à la fois didactiques et ludiques, intentions qui caractérisent bon nombre d’écrits africains.

mercredi 30 avril 2008

Etude de « la cuiller sale » in Les nouveaux contes d’Ahmadou Coumba de Birago Diop

Introduction 

Le conte de « la cuiller sale » appartient au type de conte que l’on pourrait appeler conte merveilleux. La thématique générale de ce conte se rencontre dans plusieurs aires géographiques et avec diverses variantes. Au Sénégal déjà, on l’a parfois sous le titre « Penda l’Orpheline ». Et même chez les Dogons du mali, on a la sœur et la fiancée. Un conte étant toujours un enseignement, nous verrons ce que peut nous apporter l’étude de « la cuiller sale ». 

  I. Vie et œuvre de l’auteur 

  1. la vie de l’auteur 

Né en décembre 1906 à Ouakam, Birago Diop fréquenta l'école coranique. Après sa première scolarité, et ne trouvant de bourse pour poursuivre ses études, il prend le risque d'hypothéquer sa maison familiale et se rendit à Toulouse puis à Paris où il retrouve le groupe de L'Etudiant Noir. A son retour au bercail, il est affecté à Kaye au Mali, ce qui lui donne l'occasion de parcourir la brousse et de faire la rencontre d'Amadou Koumba, griot de la famille maternelle auprès de qui il recueillit beaucoup d'histoires. Birago Diop est à la fois conteur et poète. Il est marqué par l'enracinement dans les valeurs culturelles ancestrales. De même, les traits des mœurs qui caractérisent ses personnages renvoient-ils à la réalité villageoise dans ce qu'elle a à la fois de particulier et d'universel. Il mourut en 1989. 

  2. Les œuvres écrites 

Birago DIOP a à son actif une publication très riche, surtout dans les textes oraux tel que le conte dont le plus célèbre, Contes d'Amadou Koumba publié en 1947 qui sera repris par Nouveaux Contes d'Amadou Koumba en 1958. En 1963 il fait paraître Contes et Lavanes. L'Os de Mor Lam (1966), Contes d'Awa (1977) Dans la poésie on a Leurres et Lueurs, en 1960. Et des mémoires, La plume raboutée, A Rebrousse-temps, A Rebrousse-gens, Du Temps de ... Les yeux pour le dire 

  II. Présentation générale du conte 

1. Résumé 

Binta l'orpheline qui était maltraitée par sa marâtre était très malheureuse, alors que sa demi-soeur Penda se faisait belle et jouait tout le temps. Mais elle sera récompensée de richesses immenses lorsqu'elle alla récurer la cuiller sale à la Mer de Ndayane, alors que sa demi-sœur qui, joyeuse au début, finira par mourir à cause de son manque d'éducation. 

  2. La structure du conte 
 
a. La situation initiale 

Présentation des protagonistes dont Binta, sa méchante marâtre, son faible père et sa fainéante demi-sœur Penda. Et, quel que soit le travail, il n’y avait rien d’anormal, pourvu qu’elle reste dans la maison familiale. Binta endurait tout : «ni les grands travaux, ni les vexations, ni les cris, ni les coups » de sa marâtre ne l’ébranlaient. La situation de manque se traduit donc chez Binta par l’absence de sa mère qui est morte. Mais cela se comble petit à petit, car Binta allait souvent solliciter l’aide de cette dernière au cimetière. Chez sa demi-sœur Penda, il y a plénitude. Elle a son père et sa mère La situation initiale était stable jusqu’à ce que la marâtre envoie Binta laver la cuiller sale à la mer de Ndayane. Celle-ci se met en route. Sa quête commence ainsi. « Lasse, vraiment lasse, … Binta avait oublié parmi les nombreux ustensiles et calebasses qu’elle avait à récurer après chaque repas, une toute petite cuiller en bois, une toute petite kôk » « Fatiguée de la rouer de coups », elle l’envoya la laver dans la Mer de Ndayane, une mer, en vérité qui n’existe pas. Toutefois, il s’agissait d’un travail domestique ce qu’elle imposa à sa belle fille. En réalité un moyen de la renvoya de la maison. Un problème de jalousie qui cache mal un problème de succession et d’héritage. 

b. Les péripéties : 

Première quête : celle de Binta l’orpheline 
Première séquence : Rencontre « un jujubier qui était en train de gauler lui-même ses fruits » qu’elle salua poliment. - Où vas-tu donc si seul et si tard, mon enfant ? s’enquit le jujubier. - Ma marâtre m’a envoyée laver cette kôk à la mer de Ndayane, expliqua la petite fille. - Que le chemin de Dieu guide tes pas, lui souhaita l’arbre. Il lui offrit des jujubes. 
Deuxième séquence : Trois nuits et trois jours encore « Le soleil hésitait… le visage sombre de la nuit» Binta trouva « deux galettes qui se poursuivaient et luttaient joyeusement » et qui s'informèrent auprès d’elle. Elle leur répondit poliment, et chaque galette lui offrit un morceau. 
Troisième séquence : Trois jours et trois nuits encore « Le soleil était au milieu du ciel… » Binta trouva « une marmite de riz qui se cuisait toute seule », la marmite lui demanda l’objet de sa quête ; à quoi elle répondit gentiment et poliment. Elle reçut une « grosse poignée de riz » 
Quatrième séquence : Rencontre avec la bienfaitrice : Au bout de trois jours, elle rencontre « une plus-que-vieille femme auprès d’une case dont le toit de chaume s’effilochait au quatre vents» qui lui dit qu’elle était arrivée à la mer de Ndayane, en fait la demeure de toutes les bêtes sauvages. La vieille la soumet à des épreuves: 
1re épreuve : Elle lui demande de piler un grain de mil, et Binta s’exécuta sans broncher, et le mortier se remplit de farine dont une seule poignée remplissait une calebasse de couscous. 
2ème épreuve : La Mère des bêtes lui fit cuire un os qui se transforma en viande et remplit la marmite. « Les os étaient certainement rongés depuis la naissance du monde et blanchis depuis plus loin que Ndiadiane Ndiaye ». 
3ème épreuve : Elle prépara le couscous et mangea avec la grand-mère. Puis elle lui donna une aiguille et lui conseilla de piquer doucement les bêtes dessous leur lit pour pouvoir dormir. Ce qu’elle fit, et les animaux quittèrent leur lit. Après avoir préparé et mangé avec la grand-mère, Binta l’orpheline lava la cuiller et reçut de la vieille cinq œufs et des recommandations d’usage : chaque œuf sera cassé en chanta « Vey vêt O ! Vey vêt ! », à l’orée de la savane, au milieu, à l’entrée de la forêt, au cœur de la forêt, et le dernier à la sortie. Ils en sortirent respectivement « des hommes, des femmes, des cavaliers armés montés sur de magnifiques chevaux, des esclaves » qui le suivirent ; « des boubous, des pagnes de toutes teintes et de tous tissus, des mouchoirs de soie, des bracelets, des chaînes » ; « des lingots, de poudre d’or, des bijoux d’or et d’argent, des anneaux, des bracelets, des tas d’ambres » ; des troupeaux de bœufs, de vaches, de taureaux et de génisses ; « toutes les espèces de fauves de la terre, lion, panthères, chacals, hyènes » et les cavaliers les exterminèrent tous. 

Deuxième quête : celle de la demi-sœur Penda. C’est toujours la marâtre la destinatrice, c’est-à-dire celle qui envoie la quêteuse : En ces termes, elle dit à sa propre fille : « - Salis-moi tout de suite cette kôk et va la laver toi aussi à la mer de Ndayane. » Comme Binta sa demi-sœur l’orpheline, Penda se mit en marche… Elle passa par les mêmes étapes, mais à chaque fois qu’elle arrivait aux étapes franchies par sa demi-sœur, elle ne saluait même pas, et criait son indignation devant le fait bizarre : "Depuis que je suis née, c’est la première fois que je vois un arbre se gauler lui-même", ou des interrogations du type: Comment? Incroyable ! dans un monde où rien ne s'explique. Aussi reçut-elle « - Que le chemin de Dieu ne guide pas tes pas ».
Rencontre avec la bienfaitrice : Elle manque de respect à la vieille femme, et presque l’insulta-t-elle lorsqu’elle la soumet aux épreuves de pilage d’un grain de mil. « Autant faire bouillir des cailloux », répliqua-t-elle à la demande de cuire des os. Elle reçut quand même les cinq œufs, mais ne les utilisa pas rationnellement, et cassa au lieu de la première, mais la dernière et fut-elle dévorée par les fauves, et seul son cœur fut épargné car les animaux n’en voulait pas et même Tann-le-Charognard s’en saisit, et le laissa tomber dans le village « en chantant ironiquement ». "Khalé ba démone Guédjou Danyane Khol ba n’gué é é é" 

c. La situation finale 

Binta rentre triomphalement avec ses récompenses : Elle arriva au village avec ses richesses et sa suite. Et « Les mots qu’elle dit en voyant Binta l’orpheline, « nul ne peut les répéter » et « les cris qu’elle (sa marâtre) poussa s’entendent encore de nos jours ». Par contre, sa demi-sœur sera punie pour son insolence (elle se moque de ce qu’elle juge bizarre), son impolitesse (ne salue pas et manque de respect à une personne âgée) et son incrédulité (ne respecte pas la recommandation d’une vieille personne). 

III. Les thèmes La famille

La vie familiale est dépeinte dans le conte à travers l’orpheline maltraitée par sa marâtre. Le rôle d’un père doit être de rétablir la vérité et l’équité. Mais celui de Binta est le plus méprisable des hommes, puisque « le pauvre homme abandonnait sa pauvre fille à son misérable sort et aux mains de sa méchante femme ». 
Le zoomorphisme : Comme dans les littératures populaires de tous les pays, les animaux jouent un rôle important dans les contes sénégalais, et l'on retrouve dans ce conte-ci bien des traits auxquels les fables d'Ésope et de Jean de La Fontaine ont accoutumé les lecteurs occidentaux. Ce monde animal est dominé par la stature et l'autorité de Gayndé-le-Lion, le Bour (roi) des animaux, nommé aussi N'Diaye, du nom de son clan. 
Le merveilleux : les éléments du merveilleux sont nombreux. En effet, on note dès le début la prosopopée ou le fait de parler aux morts, car on nous dit que la mère de Binta dans sa tombe « n’avait jamais pu répondre, on ne sait pourquoi, aux appels de sa fille ». On suppose donc qu’elle peut répondre. Ensuite, les nombreuses personnifications du "jujubier", des "galettes", d'une "marmite de riz" qui se cuit elle-même, et qui parle aux humains. 

  IV. La moralité du conte 

La double éducation : celle de la marâtre pour sa fille et celle de Dieu pour l’orpheline. Telle est la conception populaire de la situation de celui qui a perdu un parent. Comme on dit, c’est Dieu qui veille sur lui. Et les valeurs louées dans ce conte sont la patience (« Binta a longtemps attendu sans désespérer l’aide de sa mère), le courage et le dévouement (Binta est travailleuse, elle ne se repose jamais, malgré les sévices infligés par sa marâtre), la politesse (Elle ne s’est jamais révoltée contre sa marâtre et n’a pas fait de reproche à son faible de père, aussi salue-t-il les étrangers car ne dédaignant pas leur différence). Il est puni chez Penda la méchanceté d’une mère car, dit-on dans cette société, que la femme a les enfants qu’elle mérite suivant le comportement dans son ménage. En effet, la mère de Penda ne respecte pas son mari, elle le fait chanter. Le travail dans la jeunesse est une valeur ici valorisée. Ce n’est pas seulement la gentillesse et la politesse qui sont récompensées, mais surtout son habitude à travailler sans broncher. Ce que prouve d'ailleurs son comportement en face de la vieille. On peut comprendre aussi que la vieille est la réincarnation de la mère de Binta, qui lui vient en aide. Un renversement s’est opéré ici, et celle qui maltraitait la fille d’autrui voit sa fille maltraitée. A travers Penda, on est en face des comportements à ne pas adopter : ne pas être une fainéante et faire les travaux domestiques, ne pas être irrespectueux envers les étrangers et les grandes personnes. Il est puni aussi son manque d’éducation, ce qui fait qu’elle n’a pas compris que les choses n’offrent que des apparences, aussi dit-elle : « Dans ce pays où tout est à l’envers, je crois qu’il vaut mieux toujours commencer par la fin ». Elle commença par sa fin. 

  V. L’oralité dans le conte 

La répétition avec de légères variantes caractérise le conte : « trois nuits et trois jours », « trois jours et trois nuits encore », « au bout de trois jours ». Mais aussi le type de conte en miroir permet de répéter les séquences pour les héros positif et négatif. 

  Conclusion Ce conte merveilleux est également un conte de mœurs car il met en place les règles à respecter dans la société, au risque des punitions sévères, voire la mort, comme c’est le cas de Penda, si on ne les observent pas scrupuleusement. En fait, ce conte est lourd d’allusions qu’on pourrait étudier plus largement, de toute façon un conte a toujours des vérités à livrer, même si c’est une fiction. « Fi la leèb jaaré tabbi aljana »

lundi 28 avril 2008

Etude de L’étranger d’Albert Camus

Introduction

Cette étude qui a pour objet de proposer une lecture de L’Etranger d’Albert Camus est une interprétation de divers symboles par lesquels il cherche à représenter son système philosophique ou précisément celui qu’il met en œuvre dans Le Mythe de sisyphe. Il n’est pas superflu de rappeler que L’Etranger comme une mise en image du mythe sisyphe. Si dans ce dernier ouvrage il tente de donner claire conscience du concept d’absurdité ; dans le premier, il s’agit de « dévoiler » absurdité du monde, de susciter le sentiment de l’absurde dans le but de provoquer une réaction en sa présence, un état d’esprit qu’il désigne par terme de révolte. Par rapport à ce double objectif, il met en contribuer ses talents de romancier (technique), du récit et de styliste (technicien) de langue.

I-BIOGRAPHIE ET BIBLIOGRAPHIE

1- La biographie


Albert Camus est né le 07 Novembre 1913, à Mondovi près de Bône (actuel Annaba), en Algérie d’un père ouvrier et d’une mère illettrée. Le bac qu’il a obtenu en 1930 lui a permis d’entrer à Hypokhâgne (Sorbonne) en lettre supérieure. Il obtient un D.E.S (diplôme d’étude supérieure) en philosophie, mais ne peut pas se présenter à l’agrégation pour cause de tuberculose. Il a d’abord milité au parti fasciste, puis au parti communiste. Son premier ouvrage L’envers et l’endroit parait en 1937 et il obtient le prix Nobel de littérature le 17 Novembre 1957 et il meurt le 04 Janvier 1960 dans un accident de voiture en compagnie de son ami éditeur Michel Gallimard.

2. Bibliographie

Albert Camus est né le 7 Novembre 1913 en Algérie d'un père d'origine alsacienne et d'une mère d'origine espagnole. La famille est de condition modeste. Il est le deuxième enfant du couple: il a un frère, Lucien, plus âgé de 4 ans. Son père est mobilisé en septembre 1914. Blessé à la bataille de la Marne, il meurt à Saint-Brieuc le 17 octobre 1914. Camus n'a donc pas connu son père. Dès la mobilisation de son mari, Catherine et ses deux enfants vont s'installer chez sa mère à Alger, dans le quartier populaire de Belcourt. Albert et Lucien seront plus éduqués par leur grand-mère, une maîtresse femme, que par leur mère qui abdique toute responsabilité en raison de sa quasi-surdité et d'une difficulté à parler.A l'école, son instituteur, Louis Germain, le pousse à passer le concours des bourses: il pourra ainsi poursuivre ses études au lycée et à l'université. Il lui garde une telle reconnaissance qu'il lui écrira en 1957 lorsqu'il recevra le Prix Nobel de Littérature. Journaliste, écrivain passionné de théâtre, il marque la vie culturelle française de 1936 à 1960.Comme tous les Français d'Algérie, il est traumatisé par la guerre d'Algérie dont il ne verra pas le dénouement tragique. Le 4 Janvier 1960, il trouve la mort dans un accident de voiture.

II- L’ŒUVRE CAMUSIENNE

1-La pensée camusienne


« Le sentiment de l’absurdité au détour de n’importe quelle rue peut frapper à la face de n’importe quel homme ». Selon Camus, la société est sans valeur et fait vivre des homme dans la répétition mécanique des gestes quotidiens qui mènent inévitablement vers la mort .D’où, ce n’est pas le monde qui est absurde en soi mais la relation que l’homme entretient avec lui alors à quoi bon vivre ? L’absurde est illustré dans Caligula (1945), L’Etranger (1942), Le Mythe de Sisyphe. Si Camus accepte que la vie n’a pas de sens, il refuse cependant la démission. C’est-à-dire le suicide et le nihilisme. Il rejet également l’action révolutionnaire qui, selon lui conduit à l’oppression et au crime. Il prône plutôt la double exigence de la lucidité et de l’authenticité. Dans le comportement, il préconise le lutte et l’action et il demande de trouver une raison de vivre dans l’exercice de la solidarité

2- L’écriture camusienne

Camus utilise souvent la technique béhavioriste (ensemble de procédés visant à décrire que le comportement)
On note également un certain lyrisme dans l’expression de la nature, de la mer ou du soleil. Il mêle le pastiche et la démystification pour tourner en ridicule la justice, la morale conventionnelle et l’administration.

III-ANALYSE DE L’ŒUVRE

1-Camus parle de l’Etranger

Voici ce qu’il écrit en 1955 dans la préface à l’édition américaine. « J’ai résumé l’Etranger il y a très longtemps par une phrase dont je reconnaît paradoxale. "Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort. Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu ». En ce sens il est étranger à la société où il vit, il erre en marge dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle et c’est pourquoi des lecteurs ont été tenter de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage plus conforme en tout cas aux insertions de son auteur si l’on se demande pourquoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple, il refuse de mentir. Mentir ce n’est pas seulement dire ce qui n’est pas. C’est aussi surtout dire plus que ce qui est. Et en ce qui concerne le cœur humain, dire plus qu’on le sent. C’est ce que nous faisons tous les jours pour simplement la vie. Meursault contrairement aux apparences ne veut pas simplifier la vie, il dit ce qu’il est, il refuse de masquer ses sentiments et aussitôt la société se sent menacer.

2. Structure du roman

Le roman est structuré en deux parties. La première s’ouvre sur la mort de la mère de Meursault, et évoque l’attitude du personnage, sa liaison avec Marie et le meurtre de l’arabe. La 2ème partie s’ouvre sur l’emprisonnement du héros et évoque son procès au cours duquel on a plutôt insisté sur son insensibilité et son « cœur de criminel ».
Meursault est condamné à la peine capitale et dans sa révolte contre les institutions judiciaires et religieuses, il rejette son pouvoir en grâce et attend lucidement son exécution.

3. Le résumé

Le narrateur, Meursault, employé de bureau à Alger, apprend que sa mère est morte, dans un asile. Il va l'enterrer sans larmes, et sous un soleil de plomb qui ne fait qu'augmenter son envie d'en finir avec la cérémonie. De retour à Alger, il va se baigner et retrouve une ancienne collègue, Marie. Ils vont voir un film comique au cinéma, et elle devient sa maîtresse. Un soir, Meursault croise Salamano, un voisin, et est invité par Raymond, un autre voisin de palier. Ce dernier, ancien boxeur, lui raconte sa bagarre avec le frère de sa maîtresse, et lui demande d'écrire une lettre qui servira sa vengeance. Quelques jours plus tard, Raymond se bat avec sa maîtresse et la police intervient. Meursault accepte de l'accompagner au commissariat.
Invité par Raymond à passer un dimanche au bord de la mer dans le cabanon d'un ami, Masson, Meursault s'y rend avec Marie. Après le repas, les hommes se promènent sur la plage et rencontrent deux Arabes, dont le frère de la maîtresse de Raymond. Ils se battent et Raymond est blessé. De retour au cabanon, Meursault le tempère et lui prend son revolver, pour lui éviter de tuer. Reparti seul sur la plage, il retrouve par hasard le frère, qui sort un couteau. Assommé par le poids du soleil, il se crispe sur le revolver et le coup part tout seul; mais Meursault tire quatre autres coups sur le corps inerte.
Meursault est emprisonné. L'instruction va durer onze mois. Il ne manifeste aucun regret lorsqu'il est interrogé par le juge, aucune peine lorsque son avocat l'interroge sur les sentiments qui le liaient à sa mère. Le souvenir, le sommeil et la lecture d'un vieux morceau de journal lui permettent de s'habituer à sa condition. Les visites de Marie s'espacent.
Le procès débute avec l'été. L'interrogatoire des témoins par le procureur montre que Meursault n'a pas pleuré à l'enterrement de sa mère, qu'il s'est amusé avec Marie dès le lendemain et qu'il a fait un témoignage de complaisance en faveur de Raymond, qui s'avère être un souteneur. Les témoignages favorables de Masson et Salamano sont à peine écoutés. Le procureur plaide le crime crapuleux, exécuté par un homme au coeur de criminel et insensible, et réclame la tête de l'accusé. L'avocat plaide la provocation et vante les qualités morales de Meursault, mais celui-ci n'écoute plus. Le président, après une longue attente, annonce la condamnation à mort de l'accusé.
Dans sa cellule, Meursault pense à son exécution, à son pourvoi et à Marie, qui ne lui écrit plus. L'aumônier lui rend visite, malgré son refus de le rencontrer. Meursault est furieux contre ses paroles, réagit violemment et l'insulte. Après son départ, il se calme, réalise qu'il est heureux et espère, pour se sentir moins seul, que son exécution se déroulera devant une foule nombreuse et hostile.

4. Espace et temps

La première partie se déroule principalement à Alger à l’Asile des vieillards à Marengo (80 kilomètres d’Alger) et à la plage où Meursault commet le meurtre. Cette partie dure environ trois semaines.
La deuxième se situe à la prison, la maison d’arrêt et on a le procès de Meursault qui dure un peu plus d’une année.

5. Les personnages

a. Le héros Meursault

Il vit une triple solitude : physique, car ayant un repaire de relation amicale très mince ; morale, puisque ses concepts sont différents des valeurs auxquelles la société s’attache ; philosophique, parce que tout lui est égal.
Toutes ces actions sont fondées sur une vision personnelle des choses. C’est pour cela que Camus écrit : « On ne se tromperait pas en lisant dans l’Etranger, l’histoire d’un homme qui sans attitude héroïque accepte de mourir pour la vérité »
Meursault ne choisit pas ses amis. Ce sont plutôt ceux-ci qui le choisissent. Il ne s’intéresse à eux que dans la mesure où ils peuvent lui servir à quelque chose, les conservations avec Raymond Sintès, l’amour physique avec Marie. La restauration avec Céleste… le seul personnage à qui il semble le plus proche est le vieux Salamano qui a vécu la même expérience que lui. Ceux qui prétendent sauver Meursault sont ceux qui parviennent le moins à le toucher. C’est le cas du juge et de l’aumônier qui cherche à le convertir. Il y a aussi le vieux Perez et le directeur de l’Asile qui s’assure de sa condamnation en insistant sur son insensibilité.

b. Les personnages secondaires

Les autres personnages ne sont des silhouettes, des personnages de faire-valoir, car ils n’ont aucune épaisseur en dehors de leur relation avec Meursault. D’ailleurs il sollicite son amour ou son amitié. C’est qu’ils sont vus à travers le regard du personnage-narrateur. Cela fait supposer que Meursault avait une vie déserte.
Raymond : Il sollicite l’aide et l’amitié de Meursault. Meursault lui écrit sa lettre de vengeance. On ne sait rien de lui, s’il veut utiliser Meursault ou s’il cherche un ami sincèrement. Est-il un vaurien ? On sait qu’il est un souteneur (entremetteur ou proxénète) nous l’avocat général. Il va donc être son premier ami après la mort de sa mère
Marie : Elle est la compagne épisodique de Meursault, sa « maîtresse ». Elle a la peau brune, gaie. Dans la deuxième partie du roman, elle est quasiment absente et Meursault lui-même se demande si elle ne donne pas « sa bouche à un nouveau Meursault ». Aussi se demandera-t-on si Meursault même aime Marie. D’ailleurs quand on lui a parlé de sa maîtresse, Meursault ne savait pas qu’on lui parlait de Marie, car il ne la considère pas comme telle. Lorsque Marie lui demande s’il l’aimait, il lui répond qu’il ne savait pas. En tout dans son cœur, Marie n’y était apparemment pas.
Les autres comparses sont Céleste, Salamano et le vieux Perez
Salamano est le voisin de palier de Meursault. Ce que Meursault retient de lui c’est qu’il pleurait la perte de son chien. En comparaison avec lui, qui n’avait pas pleurait lors de la mort de sa mère. Il constitue un banc d’essai pour tester les sentiments de Meursault, quant à la réaction de quelqu’un qui perd un être cher.
Perez est le seul homme qui ait pleuré la mort de madame Meursault, ce qui fait qu’il devient un témoin en charge dans le procès de celui qui n’avait pas pleuré la mort de sa propre mère. Ce personnage est donc important pour juger le côté moral du héros.
Les arabes font partie du décor des personnages, permettent de situer l’action dans un pays arabe, ici Alger. Et le fait que le héros en tue un est déjà un signe de culpabilité (le racisme est sous entendu).
Les autres membres de la société : on a le directeur de l’asile de Marengo, le patron de Meursault, le juge, son avocat, l’aumônier. Meursault éprouve un peu de sympathie pour le directeur de l’asile et l’avocat général, ne comprend pas le jeu de son propre avocat et refuse la prière de l’aumônier. Aussi se met-il en marge de la société.

6. Les thèmes

a. L’absurde : Pour Pierre Louis Rey, l’absurde est une notion que Camus trop intellectuel ne peut pas livrer sous forme d’un essai, d’où ce roman. L'étranger est une conceptualisation de l’absurde qui met en évidence un monde injuste où le conformisme est de rigueur, chose que Meursault refuse. Mais l’absurde glisse progressivement sur la révolte avec d’abord... (A poursuivre).

b. La révolte : Meursault est un révolté. Son mutisme est une façon pour lui de ne pas jouer le jeu de la société. Et même s'il a l'occasion de s'exprimer, il dit son opposition ou sa négation. Aussi refuse-t-il souvent, en disons "non".

Conclusion

Lire L'Etranger, c'est un peu comme voir les deux faces de l'homme : celle qui accepte les incohérences et les écarts du monde, signe d'absurdité et de bizarrerie des comportements et réactions, et celle qui se rebelle contre certaines formes d'expression pour affirmer son altérité, son individualité, sa liberté. D'ailleurs, dans son livre La chute Camus fait dire à son personnage, Clamence : "Je fabrique un portrait qui est celui de tous et de personne. Un masque en somme, assez semblable à ceux du carnaval...".

L’aventure ambiguë (1961) de Cheikh Hamidou Kane

Voici le plan indicatif de l’étude du livre

Introduction
I. Vie et œuvre de l’auteur
II. Résumé du roman
III. Structure de l’œuvre
IV. Les personnages
V. Les thèmes dominants
VI. Style et technique
Conclusion

Etude de la composition par les étapes

III. Structure de l’œuvre

Pour mieux saisir le déroulement de l’action du roman, on peut considérer, au-delà des épisodes ou les étapes dans la narration, on est en face du drame d’un personnage, Samba Diallo, drame qui symbolise celui de toute une race.

1. La situation initiale

Le récit commence par un manque, et un manque qui est en train d’être comblé. En effet Samba doit acquérir des connaissances coraniques pour un jour succéder au maître et assurer la pérennité de la religion et de son enseignement. Cette quête c’est le maître lui-même qui le veut d’abord, comme il le dit à la page 22 « Encore un an et il devra, selon la Loi, se mettre en quête de son Seigneur ».
Dans cette situation initiale, le narrateur présente les personnages, le maître, Samba Diallo, le Chevalier, la Grande Royale, le Chef des Diallobé, le directeur de l’école étrangère…

2. Les étapes

a. Le manque
Le pays des Diallobé est en train d’être rongé par le mal de la colonisation, et la Grande Royale de dire « La tornade qui annonce le grand hivernage de notre peuple est arrivée avec les étrangers » p. 57. Et la quête va commencer, car il fallait apprendre chez eux pour apprendre « à lier le bois au bois... pour faire des édifices de bois... » et « l'art de vaincre sans avoir raison ». C’est au fond cet art là qui manquait aux Diallobé. Cette décision va être prise par la Grande Royale dans une société très phallocratique (dominée par la toute puissance de l’homme).

b. Le choix du héros pour la quête
Les qualités que le maître avait vues chez Samba Diallo pour en faire son successeur vont déterminer le choix des Diallobé sur lui. Cela se confirme d’autant plus que les petits blancs de la classe de M. Ndiaye le voient « comme une révélation » et attirait tous les regards. (p. 64) Et le Chevalier, son père, est conscient de l’importance de la mission dont on charge son fils, « La Cité future, grâce à mon fils, ouvrira ses baies sur l’abîme, d’où viendront de grandes bouffées d’ombre sur nos corps desséchés, sur nos fronts altérés » (p. 92).

c. La mission de Samba Diallo
Elle pourrait se résumer en une quête d’une autre civilisation, celle de l’Occident. De son village natal de L., Samba Diallo ira en France pour poursuivre ses études. Son aventure celle du peuple africain et même de tous les peuples colonisés acculturés, hybrides.

d. La rencontre avec les bienfaiteurs
En Occident, il rencontre différents personnages, avec qui il va se lier d’amitié, et qui lui permettront surtout de mesurer les différences entre la civilisation des Diallobé et celle des occidentaux. Parmi ces personnages, on peut citer le Pasteur, l’avocat antillais Pierre-Louis, Lucienne et Adèle. Mais surtout c’est Lucienne qui lui avouera l’importance de sa culture en ces termes : « Samba Diallo (…), le lait que tu as sucé aux mamelles du pays des Diallobé est bien doux et bien noble. Fâche-toi chaque fois qu’on te contestera et corrige le crétin qui doutera de toi parce que tu es noir. Mais, sache-le aussi, plus la mère est tendre et plutôt vient le moment de la repousser… » (p. 156)

e. Le retour de Samba Diallo
Le retour de Samba Diallo au pays de ses aïeux se fera d’abord spirituellement, ce qui lui fait dire, « Je ne sais pas si on retrouve jamais son chemin, quand on l’a perdu » (p. 174) C’est son père, le Chevalier qui lui demandera de venir par le biais d’une lettre. (p. 174)

3. La situation finale

La mission de Samba Diallo était de retrouver l’identité culturelle du nouveau Diallobé. Mais à un moment donné, il en aura marre et s’interrogera ainsi : « Que me font leur problème ? » Voilà pourquoi il n’est pas aller jusqu’au de sa quête, car il avait peur de perdre son identité. A la fin il sera tué par le fou qui lui intime l’ordre de prier. Cette mort sera ainsi une sorte de retour sur soi, de retour à l’état originel, car avant de mourir il dira « Mer, la limpidité de ton flot est attente de mon regard. Je te regarde, et tu reluis, sans limites. Je te veux, pour l’éternité » (p. 191).

Etude : Ascension sociale dans Le Père Goriot

Introduction

Le XIXème siècle est un siècle marqué par l’émergence du capitalisme qui aura comme conséquence la division de la société en deux classes : la bourgeoisie et le prolétariat. Ainsi dans cette société, l’argent est le maître mot, la réussite sociale, le but de tout le monde.
Balzac, à l’instar des écrivains réalistes, s’intéresse aux mœurs sociales à travers son roman, Le Père Goriot qu’il publie en 1834, où le ressort de l’action est l’ascension sociale des personnages. L’étude de ce thème s’intéressera d’abord à la puissance de l’argent, ensuite à l’arrivisme de Rastignac et enfin à la misère morale de la vie parisienne.

I. La puissance de l’argent
En se mariant, les filles de Goriot ont renié leur père. Ainsi, dans ce monde, le « dieu » argent est le seul moyen de s’affirmer, c’est pourquoi Vautrin affirme : « la fortune est la vertu ». A travers le personnage Vautrin, Balzac dénonce les injustices sur lesquelles se fonde l’ordre social. L’argent ici est lié au mal ; le baron Taillefer dépouille sa famille au profit de son fils, en s'accaparant l'héritage de cette dernière.
L’argent n’aurait peut-être pas été ce pouvoir de séduction si la société était fondée sur des valeurs morales élevées ; or la société, selon toujours Vautrin, n’accorde d’estime qu’à l'homme riche « si je réussis personne ne me demandera qui tu es ? je serais M. 4 million citoyen des U. S. A »  dit-il.
L’argent dans cette société parisienne conditionne presque tous les personnages du roman.

Mme Vauquer : Tenancière de la pension, Mme Vauquer est obsédé par le gain ; et ses rapports avec les pensionnaires sont déterminés par la richesse ou la pauvreté de ces derniers.
Sa cupidité est montrée par son désarroi quand les pensionnaires menaçaient de quitter la pension. Devinant que le père Goriot avait de la fortune, elle envisage de se marier avec lui. Mais quand elle découvre les difficultés financières de ce dernier, elle lui prête tous les défauts et dit du mal de lui. Sa haine ne fut pas en raison de son amour, mais de ses espérances trompées.

Vautrin : Autrement appelé Jean Collin, Vautrin est un prisonnier évadé qui tente de cacher sa véritable identité. Il essaie de donner à Rastignac des leçons pour devenir riche en tuant le père de Victorine Taillefer.

Le couple M. Poiret et Mme : Ce couple va dénoncer Vautrin à la police pour gagner la récompense promise pour la capture du prisonnier évadé.

II. L’arrivisme de Rastignac

L’arrivisme de Rastignac se dévoile à travers son parcours. Nouveau bachelier aux lettres et droits, il quitte la province pour venir à la capitale Paris pour continuer ses études. D’abord marqué par sa naïveté, il parvient à dépasser ses illusions d’adolescent en commençant sa formation qui consiste à regarder, à écouter puis à pénétrer dans la haute société parisienne. Ainsi Rastignac devient ambitieux malgré la pauvreté financière de sa famille.
Pour conquérir cette société, il le sait, il faut conquérir les femmes. Dès lors, il utilisera l’arme fatale de la séduction pour arriver à ses fins. Aidé par Mme Beauséant, il parvient à séduire d'abord Anastasie de Restaud puis sa soeur Delphine de Nucingen, la fille du père Goriot. Le personnage arrivera à la lucidité après la mort du père Goriot. Devenu calculateur et arriviste sûr de lui-même, il lance un défi à la ville de Paris : « A nous deux maintenant ».

III. La misère morale de la vie parisienne

Ce roman fait une peinture des vices de la société parisienne. Parmi ces vices qui montrent la misère morale on peut citer : l’adultère, le vol, le mensonge, la cupidité, le meurtre, l’homosexualité, etc.
Cependant, la misère morale de cette société est surtout montrée par les relations existant entre les deux sœurs, Anastasie et Delphine et leur père.

1. Les deux soeurs
- Anastasie de Restaud est la fille aînée de Goriot. Elle épousera le comte de Restaud, pour obtenir un rang social, au moment où celui-ci veut profiter de la richesse de son gendre.
- Delphine de Nucingen est la fille cadette de Goriot qui épouse le baron Frédéric de Nucingen pour les mêmes raisons que sa sœur. Elle aura une liaison avec Rastignac.
Même si elles sont des sœurs, ces personnages ne s’aiment pas pour autant. Leur dispute sera même à l’origine de la mort de leur père qu’elles ont abandonné parce que, financièrement, il ne peut plus rien pour elles. Aussi sont-elles marquées par leur ingratitude envers leur propre père qui s’est pourtant sacrifié pour leur bonheur.

2. La déchéance du père Goriot

Cette déchéance peut être analysée à trois niveaux : physique, affective ou morale et économique. Au niveau physique, cette déchéance est montrée par la dégradation de la santé de Goriot qui finira par mourir dans une souffrance atroce. Cette souffrance est en réalité causée par celle affective. En effet, après la mort de sa femme, il sera abandonné par ses propres filles qui ont même honte de lui. C’est la passion, l’amour qu’il éprouve pour ces filles qui sera à l’origine de sa déchéance économique. Le père Goriot « Christ de la paternité », malade, lassé par l’inquiétude et l’indifférence de ses filles meurt dans les bras de Rastignac qui conduira seul son cercueil au cimetière. En effet, le père Goriot a utilisé toute sa fortune pour le bonheur de ses enfants.

Conclusion

Respectant l’esthétique réaliste, Balzac est parvenu dans son roman à faire une peinture fidèle de la société capitaliste du 19ème siècle en mettant en relief le rôle que l’argent y joue. Comme mot de la fin, nous l’emprunterons au roman pour caractériser sommairement cette société : « L’argent, c’est la vie », page 246.

Etude de Les Soleils des indépendances de Ahmadou Kourouma

Introduction

Les Soleil des indépendances est l’illustration parfaite de la crise sociale qui affecte le groupe Malinké. Les Malinkés détenaient les pouvoirs politique et économique de tout le Horodougou jusqu’à l’arrivée des français. L’implantation de la colonisation avec ses corollaires entraînera la ruine des représentants Malinkés. Il s’est posé dès lors des querelles entre les nouveaux et les anciens dirigeants.
Le roman présente des éléments autobiographiques, Kourouma lui-même est un prince malinké par ses origines. Aussi a-t-il pu s’inspirer de sa vie pour composer le personnage de Fama. Ainsi ressemblait-il beaucoup à Fama et Balla, autres personnages authentiques du roman. Les éléments de la réalité sont très présents dans le texte, et il s’y ajoute des éléments historiques.

I. Biographie et bibliographie
1. Présentation de l’auteur

Ahmadou Kourouma est né en côte d’Ivoire à Boundiali en 1927 dans une famille princière musulmane de l’ethnie malinké. Il a passé une partie de son enfance en Guinée. A l’âge de 7 ans, il est pris en charge par son oncle qui le fait entrer à l’école primaire rurale. En 1947, il est reçu au concours d’entrée à l’école technique supérieure de Bamako. En 1949, il est arrêté comme meneur de grève et envoyé en Côte d’Ivoire. On lui supprime son sursis et il est enrôlé dans le corps des tirailleurs pour un service de trois ans. Il est dégradé quelques mois plus tard, et il se rend en France pour continuer ses études en 1955. C’est à Lyon que son intérêt pour la littérature et l’art d’écrire se précise. Dès son retour en Côte d’Ivoire, il entreprend la rédaction du roman qui deviendra Les Soleils des indépendances qu’il publié à Montréal au Canada en 1968, et aux éditions du Seuil à Paris en 1970. Il meurt en décembre 2003.

2. Bibliographie

Après Les Soleils des indépendances, dont la publication fut refusée d’abord en France, car la langue française y est corrompue par les tournures, les insuffisances du parler Nègre. On attendra près de vingt ans pour voir la publication en 1990 de Monné, outrage et défis aux éditions du Seuil où il peint la période coloniale. En 1999, va paraître En attendant le vote des bêtes sauvages qui dénonce les didacteurs africains ; et en 2000 Allah n’est pas obligé où il parle des guerres civiles qui ont donné naissance à des enfants soldats. Kourouma est aussi l’auteur d’une pièce de théâtre Tougnantigui en 1972.

II. Résumé et composition de l’œuvre

1. Résumé

Fama, prince malinké, dernier descendant et chef traditionnel des Doumbouya du Horodougou, n’a pas été épargné par le vent des indépendances, même du fait de son statut. Habitué à l’opulence, les indépendances lui ont légué pour seul héritage l’indigence et le malheur, une carte d’identité nationale et celle du parti unique. Parti vivre avec sa femme Salimata loin du pays de ses aïeux, Fama en quête d’aumône, se verra obligé d’arpenter les différentes funérailles afin d’assurer son quotidien. Bien qu’incapable de lui donner une progéniture pour perpétuer le règne des Doumbouya, celle-ci s’adonnera corps et âme au petit commerce afin de faire vivre son ménage. Excisée puis violée dans sa jeunesse par le marabout féticheur Tiécoura, elle gardera à jamais le souvenir atroce de ses moments où elle a souffert. Quelques temps après, à la mort de son cousin Lacina, Fama devait lui succéder sur le trône de la capitale de Nikitaï, Togobala. Son retour lui fait découvrir son histoire, la gloire de sa lignée et de son insignifiant héritage, pour une dynastie naguère riche, prospère et respectée. Malheureusement, les indépendances bouleversèrent tout, au système politique et à la chefferie. Fama décida toutefois de vivre en République des Ebènes en compagnie de sa seconde épouse Mariam qui est legs de son cousin Lacina. Malgré les conseil du féticheur et esclave affranchi Balla, Fama se mit en route pour la République durant une instabilité politique. Accusé de complot visant à assassiner le Président et de renverser le régime, il fut arrêté puis enfermé avant d’être jugé. Condamné à vingt ans puis libéré dans la dignité totale d’un homme libre que s’éteignit avec Fama toute une dynastie et son histoire.

2. composition
Le roman s’articule autour de trois parties. La première s’étend sur deux chapitres, la seconde sur cinq et la troisième. L’articulation de l’ensemble est assurée par les retours en arrière, les ellipses et les anticipations, ponctués de vrais âges.

III. Les personnages
Fama : Il est le héros du récit. Il est très grand et très noir. Il a les dents blanches et les gestes d'un prince. Bien qu'il soit réduit à rien, il reste toutefois fidèle aux traditions de sa tribu et continue à porter les costumes d'antan. En malinké, son nom signifie « roi » ou « chef ». Il est le dernier et légitime descendant du prince de Horodougou. Il est devenu un mendiant, un « charognard » comme on le dit, lui qui était élevé dans la richesse. La stérilité de sa femme Salimata met fin à son espoir d’avoir un héritier. Ce vieil homme solitaire et déchu va invoquer la mort qui viendra le trouver dans la dignité.

Salimata : Salimata est une femme sans limite dans la bonté du cœur. Elle a les dents régulières, très blanches et une peau d'ébène. Elle provoque le désir. Le fait que son mari ait une autre femme sous son toit la rend hystérique. Les années passées n'ont en rien affaibli son charme et sa beauté. Elle reste toujours la femme droite, pure courageuse et belle. Sa vie fut bouleversée par son excision et son viol. Et même elle faillit être violée une deuxième fois par un autre marabout Abdoulaye. Déçue par la vie elle quittera son mari sachant qu’elle ne pouvait apporter la paix à celui-ci.

Tiécoura : Dans la case, c’est lui le féticheur qui va violer Salimata, évanouie suite aux douleurs de l’excision. Tiécoura est un marabout féticheur, à l'air effrayant, répugnant et sauvage. Il restera dans l’imaginaire de Salimata. Aussi refusera-t-elle son premier mari à cause de lui : « Bafi puait un Tiécoura séjourné et réchauffé ». Son regard ressemble à celui du buffle noir de savane et ses cheveux tressés sont chargés d'amulettes et hantés par une nuée de mouches qui provoquent la nausée et l'horreur. Il a le nez élargi, avec des narines séparées par des rigoles profondes. Il porte des boucles d'oreilles de cuivre et a un cou collé à l'épaule par des carcans de sortilège. Ses lèvres sont ramassées, boudeuses et sa démarche est peu assurée.

Abdoulaye : C’était un marabout renommé, « Longtemps avant de le voir, Salimata avait entendu parler du marabout sorcier Hadj Abdoulaye ». Il essaiera d’abuser de cette dernière, et reçut d’elle un coup qu’il n’oubliera pas.

Mariam : Elle n’apparaît pas beaucoup dans le texte. Elle est souvent évoquée par les autres personnages. Inconsciente, irresponsable et agissant surtout par réflexe au début, elle s’affirme de plus en plus et provoque même ouvertement Fama, oubliant le deuil. Seconde épouse de Fama, elle est la cause de l'hystérie de Salimata. Elle est belle, ensorcelante, la femme parfaite pour le reste des jours d'un homme. Dans ses yeux vifs, on peut lire la tendresse et le tempérament. Elle est bien plus belle et séduisante que Salimata. Malgré son caractère bien trempé, elle affiche toujours un petit sourire. Mais avec Fama en ville, elle sera la première à le délaisser et déserter le toit conjugal sans aucun remords. C’est une femme très légère et « elle ment comme une édentée, elle vole comme une toto… » dit Diamourou.

Balla : le vieil affranchi aveugle est un homme gros et gras. Il porte toujours des vêtements de chasseur et son pas est hésitant. Des essaims de mouches tournent autour de son visage boursouflé, jusque dans le creux des yeux et des oreilles. Ses cheveux tressés et chargés de gris-gris lui donnent un air grotesque qui n’enlève rien à la crainte qui émane de lui. Il se compare lui-même à un vieux chien ou à une hyène solitaire. C’est le personnage le plus attaché aux traditions et à l’histoire de son peuple. D’ailleurs, c’est lui qui interprète les songes, prédit l’avenir et indique les dispositions à prendre dans certaines circonstances. Il avertit FcCa de sa mort s’il venait à rentrer à la République.

Diamourou : le griot est l’un des rares personnages à s’adapter aux finesses des indépendances. Il partage avec Balla une longue expérience dans le village.

IV. Les thèmes

1. La ville et le village

La description de la ville laisse transparaître la volonté d’opposer symboliquement la condition des Noirs et celle des Blancs. D’un côté nous avons l’opulence des bâtiments en bétons, de l’autre la pauvreté des cases. Le village de Togobala constitue pour Fama le lieu de survivances des coutumes et des traditions, le lieu du souvenir et du retour aux sources. Mais durant cette période des indépendances, le village n’offre pas d’espoir ni de perspective, aussi Fama préférera retourner en ville.

2. La stérilité
La stérilité est brossée dans le texte à travers le couple Salimata Fama, mais cette idée dépasse le couple et s’étend à la tribu, au pays, au monde malinké. Elle symbolise l’improductivité et l’incapacité à assurer la relève et la conservation d’une certaine espèce. Elle a revêt alors une signification symbolique.

3. Les traditions et les croyances

La nuit est présentée comme chargée de misère, et les hommes sont attentifs aux comportements des animaux. La mort est considérée comme un passage dans l’invisible. Les exigences morales sont aussi évoquées à l’humanisme, la paternité, la solidarité, l’hospitalité mais aussi le devoir de procréer qui concerne aussi bien l’homme que la femme.

4. La religion

La religion musulmane et les pratiques animistes se côtoient, se chevauchent quand il s’agit de conjurer un mauvais sort ou de demander une faveur à Dieu ou aux puissances occultes de l’au-delà. C’est ce qui explique la présence de Balla et de Tiécoura à côté des pieux Diamourou et Fama. La synthèse est quand bien même réalisée par Fama.

5. L’excision

L’épreuve délicate et douloureuse est à la base de toutes les souffrances de Salimata. Dans sa description, le narrateur relate à la fois les questions, les significations, l’atmosphère et la personnalité de celle qui opère sans oublier les chants traditionnels et les lamentations des exciseuses.

6. Les indépendances

Le roman dit la déception des malinkés dont les prestiges politiques sont perdues à cause de la colonisation. Mais, c’est surtoOn les indépendances qui sonnent le glas des vestiges du peuple.  Il s'agit ainsi de l’apparition d’une nouvelle classe politique qui rejette la classe politique traditionnelle, c’est le régime des fils esclaves.

7. La bâtardise

L’idée de bâtardise parcourt tout le roman. On la retrouve dans le délire final de Fama comme dernière insulte. Elle prend cette signification variée qui se ramène à l’idée d’authenticité et de légitimité que Fama porte en lui. D’ailleurs, selon son aigri (mécontent) qui ne comprend pas que les choses soient finies et qu’elles ne reviendront plus.

V. Le Style

En pliant la langue française aux exigences de la pensée et des structures linguistiques des Malinkés, Kourouma a donné à son récit une vigueur et un relief saisissant. Tandis que les uns criaient au scandale, d’autres étaient séduits par l’originalité du français l’auteur. Dès lors, il devient adéquat de comparer le récit dans l’univers malinké : « Je n’arrivais pas à exprimer Fama de l’intérieur et c’est alors que j’ai essayé de le trouver dans le style malinké. Je réfléchissais en Malinké, je me mettais dans la peau de Fama pour présenter la chose », dit Ahmadou Kourouma.
En effet, l’auteur a volontairement tordu le cou à la langue française pour mieux ressortir ses idées. C’est ce qui explique la prédominance d’expressions typiquement malinké dans l’œuvre. Et le nombre de métaphore, d’images et formules purement du malinké confèrent au roman sa couleur locale et son originalité.

VI. Signification de l’œuvre

Les Soleils des indépendances connote la déchéance physique et morale, la misère, voire les déceptions nées des indépendances. Ce nouveau monde annoncé comme période de libération et de faste apparaît comme la négation d’un univers authentique, traditionnel. Cette œuvre symbolise la désillusion découlant de l’autonomie. Plus encore, le roman devient un violent réquisitoire, un procès contre les indépendances et les nouveaux maîtres constitués d'une nouvelle race de prédateurs politiques.

Conclusion

Dans ce roman, aux allures tragiques (s’ouvrant sur une scène de funérailles et clôt par la mort du héros Fama), on pourra lire l’image d’une Afrique meurtrie, fantôme marquée par une période de transition qui fut pour beaucoup une époque de déception. L’Afrique y est peinte sous les traits d’une résistante aux agressions de la dictature, avec de graves désordres engendrés par l’époque des indépendances. Mais le sort est loin d’être jeté. Et comme Salimata qui refuse la résignation, l’Afrique doit relever le défi d’une réelle indépendance.

Exercice de révision

  Le paresseux   Accablé de paresse et de mélancolie, Je rêve dans un lit où je suis fagoté, Comme un lièvre sans os qui dort dans un...