mardi 13 mai 2008

Etude de L’Avare de Molière

Introduction

Une pièce comique est destinée à faire rire les spectateurs ou les lecteurs. Et pour définir la fonction de sa comédie, Molière dit « Castigat ridendo mores », autrement dit « Il châtie les mœurs en faisant rire ». Et pour cause, Jean Baptiste Poquelin de son vrai nom exploite les caractères des hommes pour composer ses pièces de théâtre. Pour résumer le monde de cette pièce L’Avare publié en 1668, il note « qu’un homme est avare, et qu’il prétend garder sa richesse ». Ce thème sera ainsi exploité dans sa perspective vicieuse tel qu'il est vu par le dramaturge, comédien et metteur en scène Molière. Afin d’analyser le texte, nous étudierons tour à tour les acteurs, le résumé de l’action, la structure, les thèmes et enfin la dramatisation.

I. Les acteurs
HARPAGON, père de Cléante et d'Élise, et amoureux de Mariane. Il est le personnage principal, un vieillard devenu une figure légendaire à cause de son vice : l’avarice, qui est son appât du gain qui fait de lui un usurier. Il aime l’or, la richesse et a peur qu’on le lui vole et il est amoureux.
CLÉANTE, fils d'Harpagon, amant de Mariane. ÉLISE, fille d'Harpagon, amante de Valère.VALÈRE, fils d'Anselme, et amant d'Élise. MARIANE, amante de Cléante, et aimée d'Harpagon. ANSELME, père de Valère et de Mariane. FROSINE, femme d'intrigue. MAITRE SIMON, courtier. MAITRE JACQUES, cuisinier et cocher d'Harpagon. LA FLÈCHE, valet de Cléante. DAME CLAUDE, servante d'Harpagon. BRINDAVOINE, LA MERLUCHE, laquais d'Harpagon. LE COMMISSAIRE ET SON CLERC.
La scène est à Paris.

II. Résumé

Veuf et extrêmement avare, Harpagon veut marier sa fille Élise à un vieillard fortuné, Anselme, disposé à la prendre sans dot. Mais Élise veut épouser Valère, qui s’est introduit chez Harpagon en se faisant engager comme intendant. Harpagon a aussi un fils, Cléante, qui aime Mariane, mais il a pour rival Harpagon lui-même. Pour aider son maître, La Flèche, le valet de Cléante, vole la cassette remplie d’or d’Harpagon. Accusé à tort, Valère révèle son amour pour Élise. Le procédé traditionnel de la reconnaissance permet de dénouer l’intrigue : Anselme reconnaît en Mariane et Valère ses enfants, qu’il croyait avoir perdus dans un naufrage. Valère et Élise pourront se marier, Cléante et Mariane de même, tandis qu’Harpagon est satisfait d’avoir retrouvé sa chère cassette.

III. Une structure en actes

Acte I - L'intrigue se passe à Paris. Le riche et avare Harpagon a deux enfants : Élise qui est amoureuse de Valère, un gentilhomme napolitain au service de son père en qualité d'intendant, et Cléante qui souhaite épouser Mariane, une jeune femme vivant chez sa mère sans fortune. Il ne supporte pas que l'avarice de son père contrarie ses projets amoureux. Harpagon est terrifié par une crainte obsédante : il a dissimulé dans le jardin, une cassette qui renferme dix mille écus d'or, il a peur qu’on la découvre et qu'on la lui vole. Soupçonneux, il se méfie de tout le monde, même de ses enfants, il va jusqu'à renvoyer La Flèche, le valet de Cléante. Finalement, il leur dévoile ses intentions : il va épouser Mariane, Élise est promise (sans apport de dot) à Anselme, un vieillard, et Cléante est destiné à une veuve. La jeune fille refuse énergiquement, son père demande à Valère de la convaincre.

Acte II - Cléante, qui ne peut compter sur son père, a un besoin urgent de quinze mille francs. La Flèche, son valet, se charge de lui trouver un préteur, un intermédiaire, Maître Simon, un courtier, l'informe des conditions qui relèvent de l'usure la plus outrancière. Révolté, il finit par découvrir que l'usurier n'est autre que son père ; une violente dispute les oppose. L'intrigante Frosine entre en scène, elle persuade Harpagon que Mariane est une femme qui préfère les hommes âgés et qu'elle serait disposée à se marier avec lui. L'avare est ennuyé par le manque de fortune de la jeune femme, mais Frosine le convainc qu'une personne pauvre qui ignore les dépenses, ne peut que lui convenir. L'intrigante veut se faire payer de ses services, mais Harpagon refuse et s'en va.

Acte III - À l'occasion de la signature du contrat de mariage, Harpagon a invité Mariane à dîner. Il fait des reproches à ses domestiques, et en particulier Maître Jacques, pour que les dépenses soient limitées. Le cuisinier proteste, l'intendant Valère soutient l'avare et prône l'économie ; une vive dispute s'ensuit au cours de laquelle Maître Jacques reçoit des coups de bâton, et dés lors ne songe plus qu'à se venger. Arrive Frosine qui introduit Mariane dans la maison, nerveuse à l'idée de rencontrer son futur époux. Quand celui-ci paraît, elle est dégoûtée par son physique, c'est à ce moment que Cléante arrive, elle reconnaît le jeune homme qui est l'objet de ses pensées. S'ensuit une conversation entre les amoureux, dans laquelle à mots voilés ils s'avouent leurs sentiments réciproques. Cléante retire une bague de grande valeur du doigt de son père, et l'offre en son nom propre à celle qu'il aime. Harpagon n'a pas véritablement compris la situation.

Acte IV - Les deux jeunes amoureux sollicitent Frosine pour qu'elle intervienne auprès du barbon, et qu'il renonce à son mariage insensé. Harpagon surprend son fils en train de baiser la main de Mariane, et conçoit des soupçons dont il veut s'assurer. Afin de sonder son fils et connaître ses espoirs, il prétend avoir changé ses projets et renoncé au mariage. Le fils naïf dit tout à son père, son amour pour la jeune fille et son désir de l'épouser ; furieux, Harpagon résiste mal à un accès de violence et le maudit. Maître Jacques intervient pour les séparer et les réconcilier : en aparté, il leur fait croire à chacun que l'autre a abandonné la partie. La réconciliation est de courte durée, la dispute reprend de plus belle et ne cesse qu’à l'arrivée de La Flèche, avec la cassette des dix mille écus d'or, qu'il a lui-même dérobée. Harpagon promet de trouver le coupable et de le châtier comme il se doit.

Acte V - Harpagon convoque un commissaire de police afin d'enquêter sur le vol de la cassette et, dans son délire d'avaricieux, il veut faire interroger tous les Parisiens. Par vengeance, Maître Jacques désigne Valère qui arrive à ce moment. On lui ordonne de s'expliquer et de reconnaître son crime. Malentendu, pensant que ses sentiments pour Élise sont connus, il admet qu'elle est secrètement sa fiancée. Une fois de plus Harpagon comprend avec retard et la fureur le reprend. Anselme, qui doit épouser Élise, entre en scène alors que Valère a commencé le récit de son histoire. Le vieillard comprend que Valère et Mariane sont les enfants d’Anselme, il était persuadé qu'ils avaient péri dans un naufrage, il y a fort longtemps. Cléante va épouser Mariane et Valère Élise. Harpagon accepte leurs mariages, tant que Anselme paye tout. Il reste seul avec sa cassette.

IV. Les thèmes

1. L’amour et le mariage


A la question de Valère, « que pouvez−vous craindre, Elise, dans les bontés que vous avez pour moi ? », Elise répond « Hélas ! cent choses à la fois : l'emportement d'un père, les reproches d'une famille, les censures du monde ; mais plus que tout, Valère, le changement de votre coeur, et cette froideur criminelle dont ceux de votre sexe payent le plus souvent les témoignages trop ardents d'une innocente amour. », et elle ajoute : « Tous les hommes sont semblables par les paroles ; et ce n'est
que les actions qui les découvrent différents ». Ceci montre bien que durant le 17ème siècle l’homme était souvent inconstant, ce qui fait peur à la fille. Elise pense que l’amour est un engagement trop sérieux que le mot aimer lui fait peur, surtout quand son frère Cléante lui avoue qu’il aime Mariane : « Vous êtes−vous engagé, mon frère, avec celle que vous aimez ? ».
Dans cette société, pour se marier, il ne suffit pas seulement de s’aimer, il faut en plus que la fille ait de l’argent qui constituera sa dote, gage qu’elle donne à l’homme. Cependant Harpagon, ne voulant pas dépenser pour sa fille, lui trouve un vieux qui accepte de l’épouser sans cette dote, mais surtout il veut se marier à une jeune fille pour son argent et trouver par la même occasion une femme à son fils Cléante afin de fructifier son argent. Bref l’avare ici pense s’enrichir par le commerce du mariage.

2. L’avarice et l’argent

Harpagon est si avare qu’il en vient à accuser un innocent de voleur, d’ailleurs il a ce mot au bout des lèvres. Aussi quand il veut cacher sa cassette d’argent il chasse La Flèche ainsi : « Hors d'ici tout à l'heure, et qu'on ne réplique pas. Allons, que l'on détale de chez moi, maître juré filou, vrai gibier de potence ». Car pour lui, on peut voler son argent avec les yeux, car il qu’il ne veut pas que « les yeux maudits assiègent toutes [ses] actions, dévorent ce que [il] possède, et furètent de tous côtés pour voir s'il n'y a rien à voler ». Mais au fond Harpagon ne veut pas que les gens sachent qu’il a de l’argent. On rira presque de l’avarice de ce rat quand il économise sur tout jusqu’à penser ne pas porter des perruques qui coûteraient de l’argent : « C'est fort mal fait. Si vous êtes heureux au jeu, vous en devriez profiter, et mettre à l'honnête intérêt l'argent que vous gagnez afin de le trouver un jour. Je voudrais bien savoir, sans parler du reste, à quoi servent tous ces rubans dont vous voilà lardé depuis les pieds jusqu'à la tête, et si une demi-douzaine d'aiguillettes ne suffit pas pour attacher un haut-de-chausses ? Il est bien nécessaire d'employer de l'argent à des perruques, lorsque l'on peut porter des cheveux de son cru, qui ne coûtent rien ».

V. La dramatisation

Dans cette comédie, Molière utilise tous les ressorts du comique, le comique de caractère en la personne d’Harpagon, le comique de situation — chaque personnage se présente sous un masque (à un moment de l’histoire chacun cache son amour) —, le comique de mœurs et de répétition et bien sûr le comique des mots, des gestes, hérité de la farce et du ballet, que Molière connaît bien. Dès lors, l’amour et la jeunesse peuvent à la fois se moquer de l’autorité qui veut les marier contre leur désir, et voir leurs entreprises couronnées de succès. Chaque personnage oscillant entre la feinte et le secret, l’Avare est une pièce qui permet à ceux qui voient en Molière un moraliste et ceux qui y voient un homme de théâtre inspiré de se réconcilier. Seule la comédie, en effet, permet de donner au jeu des masques toute sa puissance subversive, mais seule la vérité du désir devenant vérité de tous permet à la morale de s’imposer légitimement.

Conclusion

L’Avare est une sorte de mise en garde. On se défend souvent de ne pas être avare, et de traiter l’autre d’avare. Et fort justement Molière à raison de dire pour une simple définition qu’on prétend garder son argent pour justifier qu’on n’est pas avare. Toujours est-il qu’un certain degré d’avarice est une maladie. Heureusement pour Harpagon, cette maladie ne l’a pas tué, car c’est du théâtre et de la comédie, donc la mort ne peut en être l’issue. Qu’en serait dans la vraie vie ? Gardera-t-on notre argent éternellement ? Pour qui le garde-t-on ? Aura-t-on le temps de manger tout ce qu’on garde, si tel est bien sûr notre but ? Ces questions sont posées implicitement dans la pièce. Méditons-en !Annexe :

Quelques citations de la pièce :

« Sans dot ! Le moyen de résister à une raison comme celle-là ? » (Valère, acte I, scène V)
« Donner est un mot pour qui il a tant d’aversion, qu’il ne dit jamais : « Je vous donne », mais « Je vous prête le bonjour ». » (La Flèche, acte II, scène IV)
« Quand il y a à manger pour huit, il y en a bien pour dix.» (Harpagon à Maître Jacques, acte III, scène I)
«Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger.» (Valère "soutenant Harpagon, acte III, scène I)
« Hélas ! mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami ! On m'a privé de toi ; et puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde ! Sans toi, il m'est impossible de vivre. » (Harpagon, acte IV, scène 7)
«C'est être d'un naturel trop dur que de n'avoir nulle pitié de son prochain.» (Maître Jacques, acte III, scène 1)
« « Donner » est un mot pour qui il a tant d'aversion, qu'il ne dit jamais : « Je vous donne » mais « Je vous prête le bonjour.» (La flèche dit cela d’Harpagon, acte II, scène 4).
«Qui se sent morveux se mouche.» (Frosine parlant à Harpagon indirectement, acte I, scène 3)
«Qu'est-ce que cela, soixante ans ? C'est la fleur de l'âge et vous entrez maintenant dans la belle saison.» (Frosine se moquant de Harpagon, acte II, scène 5)
Vocabulaire difficile :

Un avaricieux : personne d'une avarice particulièrement sordide
Un intendant : personne chargée de gérer les affaires et des biens de quelqu’un, ici Valère gère celles de Harpagon.
La dot : Biens ou argent qu'une femme ou un homme apporte en se mariant. C’est la femme qui la donne ici.
Un courtier : personne dont le métier est de servir d'intermédiaire dans des transactions commerciales ou financières.
Une usure : pratique qui consiste à prêter de l'argent à un taux d'intérêt dépassant celui autorisé par la loi ou celui généralement pratiqué.
Un barbon : personnage de comédie incarnant un vieillard qui trouble les projets de jeunes héros.
Châtier : corriger.

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