vendredi 23 mai 2014

Etude de PHÈDRE de Jean Racine

PHÈDRE de Jean Racine

INTRODUCTION

Le classicisme est un mouvement littéraire qui se développa en France, et plus largement en Europe, dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. Il désigne un ensemble de valeurs et de critères qui définissent un idéal s'incarnant dans l’« honnête homme » et qui développent une esthétique fondée sur l'idéal de perfection. C’est cet idéal de perfection qu’on retrouve dans toutes les œuvres classiques et particulièrement dans PHEDRE. En effet dans cette pièce de théâtre Jean Racine écrit dans la préface que : « Les moindres fautes y sont sévèrement punies. La seule pensée du crime y est regardée avec autant d’horreur que le crime lui même. Les faiblesses de l’amour y passent pour de vraies faiblesses. Les passions n’y sont présentées aux yeux que pour montrer tout le désordre dont elles sont cause ; et le vice y est peint partout avec des couleurs qui en font connaître et haïr la difformité. »

I.                   Biographie et bibliographie de Jean Racine

 1-   Biographie

Jean Racine naquit en 1639 à La Ferté-Milon, au sein d'une famille de notables locaux sans éclat, fonctionnaires modestes ou gens de loi. Très tôt orphelin, il est recueilli par sa grand-mère maternelle, qui, devenue veuve, l'emmène avec elle à l'abbaye de Port-Royal des Champs. Le petit Racine est autorisé à suivre gratuitement l'enseignement que dispensent les maîtres des " Petites Ecoles " rattachées au monastère.
Il y fait de solides humanités, qui façonnent en lui un goût et une sensibilité littéraires précoces. Ses études terminées, après un an de philosophie au collège d'Harcourt à Paris, le jeune homme s'installe en 1659  dans la capitale,
Jean Racine  écrit des poèmes à la gloire du roi. Il est présenté à la Cour, et s’inscrit dès 1664 sur la liste des gratifications royales. Il élargit le cercle de ses relations, rencontre Boileau et surtout Molière, dont la troupe accepte de jouer La Thébaïde, qui n'a pas grand succès. En revanche, en 1665, Alexandre est une réussite, mais aussi l'occasion d'une brouille retentissante avec Port-Royal, hostile au théâtre, et d'une rupture avec Molière, à qui le jeune auteur retire sans préavis sa pièce pour la porter à la compagnie rivale de l'Hôtel de Bourgogne, dont les acteurs ont la réputation d'être les meilleurs tragédiens du temps.
Dès lors, pendant une dizaine d'années, la vie de l'homme va se confondre avec la carrière prestigieuse et fructueuse d'un écrivain dramatique qui ne cessera plus de voler de succès en succès.
Et puis Racine cesse brusquement d'écrire pour la scène, et il entame une seconde carrière pour ainsi dire, officielle et toute remplie d'honneurs, qui va faire de lui l'un des familiers de Louis XIV. L'écrivain avait été élu à l'Académie française dès 1673. Deux nominations à des postes considérables et enviés, celui d'historiographe du roi et celui de " gentilhomme ordinaire de la Chambre ", ponctuent et parachèvent, en 1677 puis en 1690, la brillante ascension sociale du courtisan. Marié en 1677, père de famille, homme riche, célèbre et estimé du prince, Racine n'a plus rien à désirer des biens de ce monde. Sa plume lui sert désormais à relater les hauts faits du monarque et à entonner sa louange.Il revient tardivement au théâtre, en donnant, à la demande de Mme de Maintenon, que Louis XIV a épousée en secret après la mort de sa première femme, deux pièces bibliques, Esther en 1689, Athalie en 1691, qui marquent un renouvellement de son art et connaissent la même faveur que les tragédies du passé. Les dernières années sont celles d'un chrétien du temps : les valeurs religieuses finissent par l'emporter sur les grandeurs terrestres. Racine, qui s'était réconcilié avec Port-Royal dès 1679, et qui pratiquait assidûment la Bible, meurt en 1699 " avec des sentiments de piété très vifs et très édifiants ". Le défunt est inhumé, selon ses désirs et avec l'autorisation du roi, à Port-Royal, auprès de la tombe de l'un de ses anciens maîtres.

2- Bibliographie :

Jean Racine a surtout écrit des pièces de théâtres parmi lesquelles nous pouvons citer :
La Thébaïde (juin 1664), Alexandre le Grand  (décembre 1665), Andromaque (novembre 1667), Les Plaideurs      (novembre 1668), Britannicus (décembre 1669), Bérénice (novembre 1670), Bajazet (janvier 1672), Mithridate (janvier 1673), Iphigénie (août 1674), Phèdre (janvier 1677), Esther (janvier 1689), Athalie (janvier 1691)

II.                Structure et résumé de la pièce

1-                  Structure

La pièce Phèdre reprend la structure dramatique  du théâtre classique, c’est-à-dire qu’elle respecte les cinq actes, dont une exposition, un nœud et un dénouement tragique, autrement dit la fin par un bain de sang ou la mort. La structure se présente de la manière suivante :
L’acte I  compte 5scènes ; L’acte II compte 6 scènes ; L’acte III compte 6 scènes ; L’acte IV compte 6 scènes ; L’acte V compte 7 scènes

2-                  Résumé:

A Trézène, en Grèce, à une époque fort lointaine, Phèdre, seconde épouse du roi Thésée, est tombée amou­reuse de son beau-fils Hippolyte. Cette passion lui semble si monstrueuse qu'elle se résout à mourir plutôt que d'avouer son amour. Ne pouvant toutefois supporter le cha­grin de sa nourrice Œnone, qui la voit dépérir, elle lui confie l'origine du mal qui la consume. Bientôt circule la rumeur de la mort de Thésée, absent depuis de longs mois. Sa succession au trône ouvre une crise politique. Phèdre consulte Hippolyte; mais, troublée par la présence du jeune homme, elle finit par lui avouer qu'elle l'aime. Hip­polyte s'enfuit, horrifié. Thésée serait vivant, apprend-on aussitôt après. Phèdre mesure I'horreur de sa situation. Et si Hippolyte venait à parler? Œnone lui suggère de prendre les devants et d'accuser Hippolyte de tentative de viol. Phèdre s'in­digne, puis, accablée, laisse Œnone agir à sa guise. Celle-ci le dénonce à Thésée dès son retour. Désespoir et fureur de Thésée. Pour preuve de son inno­cence, Hippolyte lui révèle qu'il aime Aricie. Thésée ne le croit pas. Honteuse et repentante, Phèdre accourt pour lui révéler la vérité. Mais elle apprend par la bouche d'Œnone qu'Hippolyte aime Aricie. Jalouse, elle décide de ne rien dire. Malgré I'intervention d'Aricie, Thésée demande à Nep­tune de punir son fils. 'Œnone se suicide, désespérée de se voir condamnée par Phèdre. Un dragon, surgi de la mer sur ordre de Neptune, tue Hippolyte. Phèdre confesse son crime à Thésée et s'empoisonne.

3.      Résumé de la pièce par actes

Acte I - Hippolyte, fils de Thésée et d’une Amazone (nommée Antiope), annonce à son confident, (nommé Théramène) son intention de quitter la ville de Trézène pour fuir son amour pour Aricie, sœur des Pallantides, un clan ennemi de Thésée. Phèdre, épouse de Thésée, avoue à none, sa nourrice et confidente, la passion qu’elle ressent pour son beau-fils Hippolyte. On annonce la mort de Thésée.

Acte II - Aricie confie à sa servante (nommée Ismène) qu’elle est amoureuse d’Hippolyte ; celui-ci arrive et dévoile ses sentiments. Phèdre vient voir Hippolyte afin de défendre les droits de son jeune fils à la succession de Thésée ; et déclare son amour à Hippolyte qui la rejette.

Acte III - Thésée, qui n’est pas mort, arrive à Trézène et s’étonne de recevoir un accueil si froid : Hippolyte veut fuir sa belle-mère et il envisage d’avouer à Thésée son amour pour Aricie, Phèdre est submergée par sa culpabilité. Elle vole même l’épée d’Hippolyte, ce qui empêchera ce dernier de se défendre moralement durant le dernier acte.

Acte IV - none, qui craint que sa maîtresse ne se donne la mort, déclare à Thésée qu’Hippolyte a tenté de séduire Phèdre. Thésée bannit Hippolyte et prie le dieu Neptune de le tuer. Phèdre veut le faire changer d’avis mais elle apprend qu’Hippolyte aime Aricie. Furieuse d’avoir une rivale, elle renonce à le défendre.

Acte V- Hippolyte part après avoir promis à Aricie de l’épouser hors de la ville. Thésée commence à avoir des doutes sur la culpabilité de son fils, mais la nouvelle de sa mort survient. Phèdre avoue tout à Thésée, après avoir banni none qui s’est ensuite jetée dans les flots; elle a pris auparavant du poison et s’effondre sur scène. Thésée, pour venger son fils et respecter la dernière volonté d’Hippolyte, décide d’adopter Aricie.


III.             Les personnages

1 - Thésée : Thésée est un homme d’âge mûr, déjà écrasé par sa légende, il est le fils d’Égée roi d’Athènes  il succède ce dernier au trône après avoir délivré athénée du Minotaure, il enlève et épouse Anthiope (mère d’Hippolyte). A la mort d’Anthiope il épouse Phèdre. Son fils éprouve, face à lui, un complexe d’infériorité et ne cesse de rêver d’aventures pour se faire un nom comparable. Quand il est absent (début de la pièce), Thésée est sans cesse évoqué : on le cherche(Hippolyte), on évoque ses exploits et son allure(Phèdre), on le craint (Aricie)
2-  Hippolyte : fils de Thésée et d’Anthiope, reine des amazones Il incarne la pureté, la sérénité et la tendresse dans les sentiments Il n’a ni la complexité ni la puissance brisée de son père Dans le mythe grec, Hippolyte est un Athènes sauvage qui  à fait vœu de chasteté Il résiste à l’amour pour Aricie uniquement par crainte de désobéir à son père.
3-  Phèdre : présente dans 12 scènes sur 30, Phèdre est pourtant omniprésent tout au long de l’action C’est une femme jeune, guère plus âgée qu’Hippolyte. Son amour pour son beau-fils est un Inceste au regard des convenances sociales et non d’un point de vue génétique Aussi bien cet amour est –il d’abord désir, attirance physique, comme si Phèdre revivait ce qu’elle avait ressenti, toute jeune femme, en voyant Thésée Phèdre, subissant la fatalité vengeresse des dieux, lutte à armes inégales: elle a beau s’éloigner d’Hippolyte, les circonstances l’obligent à le revoir Dés lors, elle plonge et fait a Hippolyte une déclaration incontrôlée, car elle subit les ravages d’une passion obsessionnelle Elle est la fille de Minos et de Pasiphaé. Elle est habité par des puissances magiques qui la dépassent (fatalité, « vénus toute entière à sa proie attachée »).
4-  Oenone : nourrice et confidente de Phèdre, dévouée corps et âme de Phèdre
5-  Aricie : princesse du sang royal descendante des Pallantides, famille princière qui disputa le trône d’Athènes à leur oncle Égée père de Thésée. Elle est l’amour d’Hippolyte et ses parents furent les ennemis de Thésée Elle a quelques fiertés et elle est la rivale de Phèdre
6-  Théramène : gouverneur d'Hippolyte
7-  Ismène : confidente d'Aricie
8-  Panope : femme de la suite de Phèdre
9-  Gardes : Les gardes s’occupent de la sécurité dans le palais.

IV.             Quelques thèmes développés

1.      L’amour et la passion
Chez Racine, les deux notions occupent une place centrale surtout dans Phèdre. Elles sont associées sous le terme amour-passion. Dans la pièce, Jean Racine fait la part des choses entre l’Amour (sentiment naturel et noble ) et la passion. Quand l’amour est présenté comme une fatalité, comme une crise, il se transforme parfois en passion, en haine qui conduit irrémédiablement au malheur, à la mort car il devient un sentiment incontrôlable.
Dans la pièce, la passion de Phèdre provoquera sa mort et celle de plusieurs personnages.

  1. Le destin
C’est le destin qui provoque la fatalité. Il se manifeste sous le signe de la prédestination. La notion de destin réunit deux thèmes : la puissance divine qui détermine le cours des événements et ensuite l’enchainement des événements eux-mêmes qui s’accélèrent. Le destin se joue sur deux plans : la volonté des dieux et les relations complexes des comportements humains.

  1. Les dieux
L’univers des dieux est intimement lié à celui des humains : les Dieux agissent directement sur la vie des hommes ; ils protègent les humains mais parfois les punissent. Cependant, l’image des dieux est assez négative. Ils sont omniprésents et interviennent dans les conflits opposant les hommes.

  1. La jalousie
C’est la jalousie qui unit les deux faces de la passion : l’amour et la haine. C’est ce qui explique qu’on passe de l’un à l’autre. La jalousie participe à une définition de l’amour ; Jean Racine y voit un instinct de possession propre à la nature humaine. Dans la jalousie c’est l’orgueil qui est blessé et qui demande réparation quitte à tomber dans le crime ou l’immoralité.

V.                Le style

La tragédie était, au XVIIe siècle en France, le genre noble par excellence. C'est un genre codé, qui connut une période de maturité, d'équilibre et d'intégration des règles avec l'œuvre de Racine.
Les règles de la tragédie classique tendent à réaliser la perfection de la création: cette perfection est fondée d'une part sur le principe de la mimésis (imitation de la nature), qui a pour finalité la peinture la plus fidèle du cœur humain. Ainsi pour être plus proche de la réalité Racine respecte la règle des trois unités dans sa pièce :
 - La règle de l'unité de temps exige que le temps de la représentation soit le plus proche possible du temps réel de l'action représentée; elle exige, en tout cas, que la durée réelle de l'action représentée n'excède jamais vingt-quatre heures.
-  La règle de l'unité de lieu découle de la précédente, par souci de vraisemblance, car dans un laps de temps très court, il n'est guère possible de multiplier avec réalisme les lieux de l'action. Dans Phèdre on n’a qu’un seul lieu : le palais.
 -  La règle de l'unité d'action exige que toutes les scènes, tous les gestes et tous les propos échangés par les personnages servent à expliquer, à motiver ou à faire avancer une même et unique action. Chaque détail se trouve alors subordonné à l'ensemble, aucun élément ne doit être gratuit ni dépourvu de conséquence directe sur l'action. Dans la pièce L’action principale reste la passion que Phèdre éprouve pour Hippolyte.

Conclusion


Phèdre vient d’expirer. Avec elle s’est éteinte la «  flamme funeste »  de la passion malheureuse et meurtrière. Le jour retrouve toute sa pureté. Ce retour à la lumière symbolise peut-être la victoire du Bien sur le Mal et en tous les cas celle du normal sur le monstrueux. Tout peut désormais rentrer dans l’ordre de la morale. Bien que l’action s’achève par trois morts, la fin de l’œuvre ne se ferme pas sur le malheur. Les dernières paroles de Thésée sont porteuses d’espoir : sa réconciliation avec Aricie est une promesse de justice dans un apaisement retrouvé. Quant à nous, nous quittons des personnages qui, jusqu’à la fin, nous auront donné à réfléchir sur la condition humaine. Ils nous ont fascinés par leurs dimensions fabuleuses et touchés par leur humanité.

sources pour la bibliographie
www.pensees-ecrites.net/auteurs-et-biographies/jean-racine

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