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mardi 6 mai 2008

Etude de Karim de Ousmane Socé

Introduction

Le roman de Ousmane Socé, Karim est une œuvre à caractère social, et elle traduit les réalités socioculturelles du Sénégal. Aussi peut-elle être rangée dans la catégorie des romans de mœurs. Il met ainsi en relief les facettes de la culture africaine, particulièrement celles des saints louisiens du Sénégal. Cette étude s’intéressera à l’auteur, au roman, et spécifiquement il sera proposé un résumé, une étude de la structure et des thèmes

I. Présentation de l’auteur et l’oeuvre

1. Biographie

Ousmane Socé Diop est né en 1911 à Rufisque du Sénégal. Il fit ses études secondaires au lycée de Dakar puis fréquenta l’école William Ponty. Il entra à l’école vétérinaire d’Alfont en 1931. Il fut membre du groupe de l’Etudiant noir. Ousmane Socé exerça ensuite son métier à Kayes, Sikasso, Mopti au Mali. Il se lança dans la politique dès 1948. Après les indépendances, il fut ambassadeur du Sénégal à l’ONU puis à Washington. Après sa retraite en 1968, il s’installa à Rufisque. Il est mort le 26 octobre 1973.

2. Bibliographie

Les écrits de Ousmane Socé ne sont pas de quantité mais de qualité. En fait de roman il n’en a écrit que deux : Karim qu’il publie en 1948 et Mirages de Paris en 1977. Il donnera aussi un recueil de contes : Contes et légendes d'Afrique noire en 1975.

II. Résumé

Karim Gueye était un jeune homme de 22 ans, qui travaillait dans une maison de commerce après avoir eu son certificat d’étude à l’école française. Il s’ennuyait au bureau jusqu’au jour où il remarqua parmi un groupe de filles, Marième âgée de 18 ans, qu’il se décida de fréquenter assidûment en vrai « samba-linguère », en compagnie de ses amis Moussa, Alioune et Samba. Les dépenses de la jeune fille commençaient à les ruiner, car Karim s’endettait pour être digne de sa noblesse. Cependant l’entrée en scène d’un cousin de Marième, Badara, avec des dépenses que ne pouvaient soutenir Karim et son « état major », acheva la défaite de ces derniers, après pourtant une courte victoire. Mais ce fut surtout la mère de Marième qui en décida ainsi, alors que le cœur de sa fille battait pour Karim. Karim en vrai « samba-linguère » donc, ne digéra pas la défaite, et décida d’aller à Dakar et démissionna de son poste. Avec deux de ses amis, Assane et Ibrahima. Marième qui assistait au départ sanglota.
A Dakar, la capitale de l’Afrique de l’Ouest d’alors, Karim fut accueilli pas son oncle Amadou, sa tante Rokhaya et ses cousins et cousines. Dès le lendemain, son oncle réussit à lui trouver du travail à la Compagnie Sénégalaise. Au troisième mois, il reprit ses habitudes et allait voir une certaine Aminata à Rufisque les week end. Fêtes et « lamb » se succèdent, Karim qui épargnait au début, se ruina de nouveau, et il fallait un crédit de son cousin instituteur Abdoulaye pour envoyer de l’argent à ses parents de qui il avait reçu une lettre de reproches et de conseils. Il rompit avec Aminata et reprit difficilement une vie rangée. Mais, peu de temps après, il succomba sous le charme d'une catholique, Marie Ndiaye. A cause de son amour propre, il démissionne de son travail suite à un remarque insultante de son directeur, et essuie les reproches de son oncle qui, après l’avoir laissé chercher en vain, lui trouva encore un travail temporaire de comptable à l’Etablissement Costier. Il se refait une santé financière et visite les villes de la région arachidière. Il apprend que Marie Ndiaye est enceinte de lui, et il reconnaît la paternité avec honneur et lui propose le mariage. Avortée par le biais des vieilles méthodes, ce mariage qu’il tentait de contracter se révélait pourtant impossible par incompatibilités de religion, d’éducation et de mentalité. Un jour il tombe malade de dysenterie, mais c’est surtout de nostalgie pour Ndar. Reconverti, il passe son temps à lire le coran et les poèmes de El hadji Malic. Il décide de rentrer au bercail à la suite d’une lettre de son ami, Babacar Ndiaye, qui lui annonçait la fête de la ville. A son retour, il reconquit Marième qu’il épousa un vendredi et alla remercier le Vénérable Serigne Samba qui lui avait prodigué des prières. Le roman se termina par la nuit de noce qui confirma la virginité de Marième.

III. Structure de l’oeuvre

La structure de Karim est étroitement liée au thème du voyage. C’est Ousmane Socé Diop qui marque de façon significative le début de ses romans africains, composés sur le rythme ternaire. L’action de Karim se fonde sur la technique du voyage. Trois épisodes sont nettement délimités : le premier se passe à Saint-Louis, le second à Dakar et le troisième de nouveau à Saint-Louis. A Saint-Louis d’abord où le héros Karim s’épanouit dans un cadre enchanteur traditionnel où tous ses rêves se réalisent jusqu’au jour où il connaît un échec retentissant dans une joute amoureuse où les libéralités ostentatoires l’emportent sur la sincérité des sentiments. Ensuite, la deuxième étape, celle des aventures du héros à Dakar, et Karim découvre ce nouvel horizon et a de plus amples connaissances de la civilisation européenne, et il gagne en expérience, surtout dans sa vie de jeune garçon. Enfin la troisième phase montre le héros de retour au bercail à Saint-Louis, fort d’expériences, réussir là où il avait échoué.


IV. Thèmes

Les thèmes sont nombreux, et il difficile de les étudier tous. On a l’amour et l’amour-propre, l’amitié, le libertinage, le travail, l’économie, la colonisation, la parenté et le cousinage, l’honneur, la religion, la ville, la sagesse, la fête. Autant de thèmes présents dans le roman qu’on pourrait se proposer de développer. Voyons cependant quelques-uns

1. La religion

Il est tout à fait naturel que le roman soit traversé par diverses religions, et surtout celle musulmane à laquelle appartient le héros. Mais il faut également considérer la religion traditionnelle présente à travers les croyances, les superstitions, les gris-gris etc. On peut noter ainsi l’importance de la fête de la tabaski, moment de ferveur et de réjouissances. (Chapitre III). Toutefois il n’empêche que les superstitions demeurent et c’est la raison pour laquelle Karim et ses amis ont ajourné leur voyage du mardi, car leur dit sa mère « c’est un jour néfaste pour les voyages lointains. Vous attendrez le vendredi » (p.63). La religion chrétienne présente d’abord à Saint-Louis par l’église de Lourdes, devient plus présente à Dakar avec l’entrée en scène de Marie Ndiaye dans la vie du héros. Celui-ci sera ainsi invité à une fête de procession un dimanche à Gorée, l’occasion pour le narrateur de passer en revue la religion catholique durant les Vêpres et l’office du prêtre. (pp.110-111)

2. Une sagesse sénégalaise

Les proverbes constituent des moyens d’expressions propres aux africains, et le roman Karim ne fait pas exception à la règle, car cette sagesse est très présente tout au long du récit. Dans la joute oratoire qui oppose Karim à son rival, Badara, celui-ci lui signifie qu’il est un étranger chez sa cousine ainsi : « gane yomba na mougnal », traduisons par « il est facile de supporter un hôte ». Et à Karim de dire à l’endroit de Marième cette sagesse de Kothie Barma : « Aime la jeune femme, mais ne te fie pas à elle » (p.52).
Quand Aminata, la copine Karim de Rufisque lui écrit, elle lui dit : « pitieu ngui thi kow karab, wandé khélama nga thi souf » (p.98). Karim, ne se prive pas de proverbe puisqu’il affirme « kou dem thi deuk bou nieup di féthié bene tank, nga féthié ben tank » (103). Cette idée permit d’ailleurs à Karim de se ressaisir et d’adopter un comportement conforme au milieu, signe donc de son mûrissement.

3. La vie métropolitaine

Que ce soit à Saint-Louis ou à Dakar, la vie est caractérisée par un mélange de cultures traditionnelle sénégalaise et occidentale. Toutefois la capitale est beaucoup plus modernisée, avec ses rues à William Ponty, place Protêt ; les voitures de différentes marques, françaises « Renault » et « Citroën », italienne « Fiat », américaine « Chrysler » et « Ford ». Il faut y ajouter le mode de l’habillement à l’européen, les noirs en costumes européens. La population y est cosmopolite ave des marseillais, new yorkais, anglais, allemands, etc. Sur le plan moral, la sociale sénégalaise y est au plus mal, aussi le père de Karim met-il en garde son fils contre les tentations de cette ville : « Dakar est une ville où l’on se tourne facilement vers le mal » (64).

4. La fête

Le roman est du début à la fin rythmé par la fête. On a l’impression que chaque jour pour Karim est une fête. L’omniprésence des « diali », ou griot, justifie cette idée. On y ajoute les fêtes religieuse musulmane « la tabaski » et « la procession » catholique, la fête civile de l’indépendance française du 14 juillet, sans compter les fêtes profanes de combats de luttes, de « tam-tam », et enfin la fête du mariage qui clôture l’histoire.

VI. Signification de l’œuvre

L’étude de la composition de cette œuvre peut permettre d’aboutir à la découverte de la portée de celle-ci, en saisissant les dimensions essentielles de l’esthétique qui traverse le récit.
De plus datant de 1935, le roman Karim a été dans une large mesure une sorte de révélation progressive du caractère et de l’évolution psychologique des personnages importants. Cette évolution des personnages se fait aussi bien dans le temps que dans l’espace. Ainsi à travers une société en mutation, il semble impérieux que les populations, quoi que très ancrées dans leur tradition, doivent s’adapter aux changements causés par l’Occident. Voilà pourquoi le roman se présente comme une évocation des souvenirs par la célébration des valeurs culturelles de noblesse, d’honneur, d’amour et d’amour propre, et de fierté. En réalité, le romancier a combiné des faits imaginés afin d’en dégager des règles d’ordre psychologique : l’idée de l’observation à l’illustrer par un exemple avec n’importe quel personnage. C’est alors que le roman étale naturellement des lieux, des gens et des choses qui appartiennent à un passé défini, celui des sénégalais. Le personnage de Karim est donc un moyen de faire revivre le passé.

Conclusion

En définitive, il apparaît évident qu’il y a eu dans l’esprit d’Ousmane Socé Diop, lorsqu’il a conçu son texte, un souci incontestable de la composition. Ce romancier fut donc, sur ce plan un précurseur. Au-delà de l’esthétique de composition, Karim rejoint l’éthique. La structure initiatique n’est qu’une facette de l’apprentissage dans la culture africaine, et on le retrouve le plus souvent dans les contes, domaine où l’auteur de Mirages de Paris excelle. Par conséquent, on peut dire que Ousmane Socé avait des intentions à la fois didactiques et ludiques, intentions qui caractérisent bon nombre d’écrits africains.

6 commentaires:

Khoudia a dit…

Vraiment c'est trés intéréssant ,je félicite votre initiave et je vous encourage...Merci!!!

yeta a dit…

Bonjour cher collègue.
Je suis professeur de français et je viens de lire votre contribution concernant "Karim" de Ousmane Socé. Jai constaté que vous avez fait une erreur en disant, je vous cite : "Maïmouna, cet autre chef d'oeuvre de Ousmane Socé". "Maïmouna" est plutôt un chef d'oeuvre d'Abdoulaye Sadji.Merci.

Lireunlivreplaisir a dit…

Merci Yédta de la contribution et du courage pour l'amélioration de ces sources de documentation.

kheuss a dit…

JE VOUS FELICITE TOUS LES AFRICAINS FAIRE COMME VOUS CONTINUEZ SUR CETTE LANCEE

ndeye rokhaya a dit…

ces informations nous sont très utiles pour la présentation d'un exposé nous vous en remercions

ndeye rokhaya a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.