jeudi 13 mars 2008

La passion dans Phèdre de Jean Racine

Introduction

Phèdre publié le 1er janvier 1677 par Jean Racine est l'une des grandes œuvres théâtrales que la littérature française ait connue. La misère de l'homme non touché par la grâce divine y est développée par le tragédien. Influencé par le pessimiste janséniste, Racine crée des personnages dominés par la passion, et qui ne peuvent être sauvés ni par leur raison, ni par leur volonté.
Cette passion, étant à la fois un mouvement violent, voire impétueux de l'être vers ce qu'il désire et émotion puissante au-dessus de la raison, apparaît comme un sentiment extrême, incontrôlable dont l'origine est divine.
Elle trouble les personnages et les mène fatalement à la mort. En aucun cas elle n'est source de bonheur, pourtant recherché par l'être qu'elle tient. L'étude de ce thème nous impose le plan suivant: la passion, un ressort de la tragédie, Les contrainte de la passion.

I. La passion : un ressort de la tragédie

La passion de Phèdre

Comment est née cette passion fatale chez Phèdre? Sinon d'un coup de foudre. Phèdre aima son beau-fils à la première vue. En réalité cet amour est extraordinaire : Vénus, la déesse de l'amour, dans son entreprise de vengeance sur la famille de Phèdre, inspire cette dernière à aimer incestueusement le fils de Thésée, son mari. Cette passion remonte d'ailleurs à sa mère Pasiphaé qui aima, sous l'inspiration de Vénus, le Taureau et eut avec lui un enfant, le minotaure. La déesse qui s'est acharnée sur sa descendance poussa Thésée a abandonné Ariane, la sœur de Phèdre, qui l'avait aidé à sortir du Labyrinthe.
Voilà pourquoi Phèdre accuse consciemment Vénus dans le vers où elle clame : "C'est Vénus tout entière à sa proie attachée". Phèdre est donc victime d'un piège infernale, et pour cause la passion est exprimée le plus souvent par la métaphore du feu ou de la flamme dont le champ lexical parsème le texte.

Les conséquences de la passion

La passion aveugle Phèdre, et par conséquent elle ne parvient plus à réfléchir lorsqu'elle a cru Thésée mort. Elle est comme saisie de délire dans sa déclaration d'amour à Hyppolite : "On ne voit point deux fois le rivage des morts, / Seigneur, puisque Thésée a vu les sombres bords, / En vain vous espérez qu'un dieu vous le renvoie, / Et l'avare Achéron ne lâche point sa proie." Que dis-je il n'est point mort; presque respire en vous. Toujours devant mes yeux je crois voir mon époux, je le vois, je lui parle, et mon cœur…
"je m'égare, Seigneur, ma folle ardeur malgré moi se déclare"
"J'ai dit ce que jamais on ne devait entendre"…
Cette déclaration d'amour à demi-mot suffit à condamner Phèdre. Elle commet ainsi l'inceste en osant aimer son beau-fils. Pourtant on sait que dans la première société athénienne, la femme pouvait épouser son beau-fils si son mari mourrait. Mais après, cet amour a été rendu incestueux. Cette situation rappelle cette d'Œdipe qui avait tué son père Laïos et épousé sa mère Jocaste, sans le savoir.
Toujours est-il que c'est le retour – ou renaissance – de Thésée qui rend criminel le désir de sa femme et la précipite vers la mort. Mais pas avant d'accuser Hyppolite d'avoir essayé de la séduire, suivant en cela le conseil de sa nourrice Oenone. Hyppolite qui garde le silence est maudit par son père, le roi qui s'est fâché. Les dieux ayant exaucé ses vœux tuent son fils. Le roi se rend trop tard compte de son erreur et finit par adopter Aricie.

II. Les contraintes de la passion

Hyppolite et Phèdre

Phèdre, femme de Thésée, aime follement le fils de ce dernier. Pourtant elle a tout fait pour ne pas se dévoiler. Mais cette réussite a été favorisée par la présence de son mari qui constituait un frein à son désir répréhensible, condamnable. Aussi a-t-elle même feint de détester Hyppolite jusqu'à réussir son exil – à l'éloigner de sa vue plus exactement.
Toutefois cette contrainte ne fut pas éternelle puisque l'annonce de la mort de Thésée est peut-être un e autre ruse de la déesse pour éprouver Phèdre et la précipiter dans le gouffre de la mort.

Hyppolite et Aricie

Autre contrainte, celle qui pèse sur Hyppolite qui aime l'esclave de son père, autrement dit son esclave Aricie. En effet Celle-ci qui est sa concurrente au trône qu'il convoite devrait représenter une menace qu'il faut écarter, et non un être qu'il faut aimer. Le père d'Aricie, le nommé Pallas étant vaincu par Thésée fait que cette relation est considérée comme impossible, étant donné qu'Aricie, une fois en place, va essayer de se venger contre l'ennemi des pallantides. C'est la raison pour laquelle d'ailleurs l'entourage du royaume d'Athènes n'est pas pour une telle union.
Par ailleurs, si Hyppolite aime Aricie, le projet de Vénus s'avérera un succès, du moment qu'il n'aimera pas Phèdre et Phèdre sera consumée par la jalousie.

Conclusion

La passion, jouant un rôle essentiel dans la tragédie est l'un des facteurs fondamentaux qui domine les personnages et motive tous leurs actes, même celui de leurs suicides. Ils ne peuvent se sauver devant leur destin implacable et tout ce qu'ils font les précipite vers leur cruelle fin : la mort.
La tragédie part donc de la passion et aboutit au bain de sang, et suscitant au passage chez le spectateur peur et pitié.

1 commentaire:

Assane a dit…

Bravo cher collègue et toutes mes félicitations! Je m'appelle Assane NDIAYE, ancien élève de Ahoune Sané et actuellement professeur de LM au lycée Djignabo.